La mandale

Alors ceci n’est PAS un hommage à mandela hein. Déjà parce que ça parle pas de mandela, et puis parce qu’il est pas encore cané. Encore que, je le soupçonne de le faire d’ici à ce que j’ai fini de rédiger ce post, juste pour me faire chier. Salop va !

Bon bref, il y a peu, y a un lieu dans lequel j’ai bossé en 2008 2009 et dans lequel j’ai vraiment kiffé bosser qui m’a rappelée parce que « ouais did c’est clodoland, on a un gros soucis sur une semaine, tu pourrais venir bosser steplait ? ». Je vais être très honnête avec toi hein, ma première réaction ça a pas été non merci, ça a été : « PUTAIN LE SOCIAL VA NIQUER TES MORTS JE VEUX PLUS JAMAIS VOIR TA SALE GUEULE ESPECE DE FILS DE PUTE ». Un peu épidermique… Un peu…
A leur troisième appel « non mais did on est vraiment dans la merde, tu connais le lieu, tu connais tous les mecs… steplaiiiit » j’ai réfléchi et je me suis dit que presqu’un an après avoir été voir ailleurs si j’y étais (et je me trouve nulle part d’ailleurs, c’est un peu chiant hein) je pouvais bien y remettre un pied pour voir. Et puis surtout c’est pas des enfants quoi. Parce que je sais que ma limite elle est là, les enfants. Je ne veux plus jamais voir un mineur de ma vie. D’ailleurs, tous mes amis qui font des gosses, ben je les vois plus. Alors là pour le coup c’est pas parce que je le veux plus hein, mais prends Naash par exemple. Chaque fois que je vois sa gosse, je me dis que ma mission, c’est de lui dire la vérité sur sa mère. Alors je prends sa petite marionnette cochonne là que je mets sur mon doigt, et je passe mon après midi à dire « ça c’est maman, maaaa man, et pourquoi c’est maman ? Parce que maman c’est une cochonne qui adore prendre des doigts dans le cul !! ». Et ça marche hein, maintenant quand elle me voit, elle regarde sa marionnette et elle fait maman ! Ben bizarrement, depuis quelques temps, je la vois plus cette môme. La vérité gène hein ! Mais on me bâillonne pas moi ! Ici je dénonce !!

Bon bref on s’en fout on est des fous donc les clodos et une semaine de taf allez c’est pas des gosses, c’est court ça va le faire.
Alors je vais me permettre de faire un rapide état des lieux de « qu’est ce qu’un clodo quand on est éduc » pour les noobies. Donc ce lieu là est un lieu associatif dédié à ce qu’on appelle la très grande précarité. Les gonzes qui ont pas de stabilité parce que des parcours de vie qui font qu’ils sont tout cassés, et que l’insertion c’est pas pour tout de suite quoi. Y a pas mal de tox, des alcoolos, des gonzes de la rue, des demandeurs d’asile. Ils sont ce qu’on appelle des invisibles, parce que toi, pékin lambda, quand tu te ballades en ville tu les remarques jamais. Ils sont propres, ils font pas ou peu la manche, ils évitent de se faire remarquer. Et puis le monde de la rue, cette société aux marges de la notre, les mecs ils savent ne pas faire de vague. Alors tu me diras « mais si tu fais pas de l’insertion tu fais quoi, connasse ? », ce à quoi je répondrai dis donc c’est pas la politesse qui t’arrache la gueule mon con. A rien ! Je fais du lien social ! Tu vois le cliché de l’éduc qui boit des cafés et fume des clopes ? Ben c’est moi !
Si tu veux une image, les mecs ils volètent tous au dessus de moi, et si je sens une ouverture, tchak je les chope et je les colle au sol. Et là j’enclenche la machine. Assistante sociale hébergement et toute la machine pas inutile mais pas loin qui va bien te broyer la gueule !

Donc j’arrive le premier jour et là, prend la temporalité dans la gueule. J’arrive, y a un type devant que je connais bien, on va l’appeler Machin, par pur respect et par soucis d’anonymat bien sur, ben Machin, la dernière fois que je l’ai vu, c’était en 2011, il était bourré, il sortait de taule et il me disait « ouaiiis mais did t’sais moi les conneries j’arrête là c’est pas bien c’que j’fais ». Ben là, juin 2013 donc, il était bourré, il sortait de taule et le premier truc qu’il m’a dit c’est « ouaiiis mais did t’sais moi les conneries j’arrête là c’est pas bien c’que j’fais »… La temporalité… Cette notion si subjective… Bon après hein à sa décharge, avec le parcours de vie qu’il a ce type, moi j’aurais crevé y a longtemps. Lui il vacille pas mal mais il tient hein.

Bon bref. Donc ce qui m’a tout de suite interpellée c’est les demandeurs d’asile. Sur les gonzes qu’on voyait passer dans la journée, 50% d’invisibles, 50% de demandeurs d’asile. Et les demandeurs d’asile, tu vois leurs gueules tu sais. Tu sais qu’entre le pays de départ et l’arrivée à grenoble… heu… mercenaire. Putain que des mercenaires un truc de barge. Et les invisibles et les demandeurs d’asile se mélangent pas. Jamais. Et puis ce sont des gens charmants hein, juste, faut pas les faire chier.

Et un jour je discutais dans le bureau avec l’un d’entre eux, un lettré. Un prof dans son pays (ah bon ? Vous avez des profs ? Mais pourquoi faire ? Ca aide à aller chercher les bananes ? Mmh ? Y a bon banane ? Rooo c’est bon fait pas ta pucelle hein), et puis quel pays ! Ahahah ! Eh ben mon gars toi tu l’auras ta demande d’asile ! En matière de liberté y a qui après vous ? La Corée du Nord c’est bien ça ?
Bon bref on papote (« Vous voulez que je vous parle de mon voyage ? » NOOON ! Le récit du massacre de ta famille parce que t’étais pas le prof qu’ils voulaient que tu sois me suffit largement va, on va pas tout faire d’un coup hein) et là y a un gars qui arrive, que je connais bien… Un pur casse couille. Oui au singulier. C’est celle d’Armstrong. Et il arrive raide défoncé au rivotril (oui mais j’ai une ordonnance) et qui trouve rien de mieux à faire en arrivant que se faire un binch drinking. A 10h du mat’. C’est la teuf ! En 30 minutes il a torché une bouteille de vodka comme du p’tit lait. Et une heure après, il était raide bourré, raide défoncé, mais il tenait toujours debout !

Et donc je papote toujours avec mon demandeur d’asile et là y a ce type qui rentre dans le bureau, me regarde, regarde le gonze et lui dit, tranquillou bourré « alors elle, tu la prends par devant, par derrière et même après, elle te suce »…
Alors j’ai un peu l’habitude de ce genre de situation. De toute façon les mecs quand ils sont cuits comme ça c’est même pas la peine d’essayer de discuter alors je me disais je vais le prendre par l’humour, et je vais lui dire « Mais enfin Truc (ouais, Truc, anonymat respect), une fellation après la sodomie c’est quand même pas super hygiénique quoi ».
Ben ma phrase, j’ai même pas eu le temps de finir de la penser, le demandeur d’asile il s’est levé, il lui a collé une mandale… un truc de ouf j’avais jamais vu ça. Le mec il a traversé l’assoce sans toucher le sol, au moment de décoller la violence du coup ça lui a pété un tympan, et comme il a super mal négocié son atterrissage il s’est pété le nez.
Et la norme dans ces lieux là… « Heu… Truc tu veux pas qu’on appelle les pompiers ? » « Nan t’inquiète c’est gentil je gère » et il s’est cassé, il pissait le sang d’une oreille, du nez et il avait un côté de la gueule qui gonflait de manière tout à fait sympathique.

Du coup je fais 2 constats. Le premier c’est qu’effectivement, un type qui sort d’un pays pourri et qui s’est tapé un voyage de ouf derrière, effectivement, tu ne le fais pas chier.
Le deuxième, c’est que putain… Le social non, non. Un jour peut être hein mais là non. Vos vies de merde… Non… Noooon !

Et mandela n’est pas cané ? Putain tout fout le camp j’teul dis moi.

6 commentaires pour “La mandale”

  1. Sed dit :

    Tiens, ça me rappelle un pote au collège. Un gars nous faisait chier, mon pote dit rien (ou peut-être que si, je suis vieux jeune demoiselle, la mémoire hein…) et lui colle une droite direct en pleine tête. Ça fait un bruit mat et le gars arrête de nous faire chier. À vie.
    Parfois y a rien à dire, rien à analyser, rien négocier, et juste taper. Pour avoir la paix.

  2. Mellie dit :

    Se méfier de l’eau qui dort, toujours….

  3. rachel dit :

    pourquoi crois tu que tu ne rencontres jamais ma fille?

  4. Did dit :

    Sed : ben le mec en question là, c’est pas la première fois qu’il se fait péter la gueule. La plupart du temps on le voit pas, c’est des histoires de rue, mais lui déjà en 2008 des fois il arrivait avec un oeil défoncé, le nez déjà pété. Et ça l’a jamais calmé hein !

    Mellie : oui, mais méfie toi de la rivière bien agitée aussi. C’est lao tseu qui l’a dit. Ou les papillotes révillon je sais plus.

    Rachel : Aaaah ! Rachel… Mais chérie, ta gosse on en est plus à « ta maman c’est une cochonne ». Cette môme, il lui faut un petit séjour en psychiatrie. J’veux dire, son beau père est roux putain ! Roux !! J’ai déjà pensé à faire un signalement tu sais.

  5. moq le barge dit :

    Quand même did tu aurais pu remercier ton demandeur d’asile, il n’a pas apprécié que Truc t’insulte et te manque de respect. C’est louable.

    Chais pas comment t’as fait pour bosser dans le social aussi longtemps sans tenter de te pendre ou te finir aux barbituriques -_-^

  6. Did dit :

    Franchement ? Je sais pas non plus comment j’ai fait…

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