Les neurochirugiens as du barreau

Il y a peu, j’étais invitée à une pendaison de crémaillère. Alors c’était cool, on devait être 50, je connaissais 3 personnes, y a du potentiel à papoter. Du coup comment ça se passe quand c’est comme ça, ben t’attaques la soirée avec tes potes et puis au bout d’un moment tu commences à papoter avec d’autres gens que tu croises entre le buffet et les bouteilles.

Alors j’ai rencontré des gens supers sympas, d’horizons tous différents et tout c’était bien cool. Et à un moment, je me retrouve avec ma tranche de pain et mon bout de trou du cru (hé oui… fromage pinard powa) avec un couple, la quarantaine avec qui j’avais pas encore papoté.

Et c’est toujours difficile d’attaquer une conversation avec quelqu’un que tu connais pas. Parce qu’au bout de la quatorzième fois où tu parles de ton job, de comment tu connais l’hôte, de si t’as des gamins ce genre de conneries t’as vite fait le tour. Donc moi maintenant que j’ai compris que j’avais zéro jugeote je me prends plus le chou : « bonsoir, did enchantée c’est sympa hein ? Alors vous faites quoi dans la vie ? ».
Ok, je suis d’accord c’est trop naze, mais franchement, trouve moi mieux pour aborder de parfaits inconnus à une pendaison de crémaillère (voire de parfaits inconnus tout court), en sachant que « vous avez offert quoi vous comme cadeau ? Ah ouais ? Bof… », ça ne marche pas (testé approuvé).
Donc je pars sur vous faites quoi dans la vie. Et là, à leurs gueules, j’ai tout de suite compris que c’était la question qui fâche. Un air hyper agacé, genre allez putain c’est reparti, les yeux au ciel. Je me suis dit mais oh, paye ta corde sensible quoi. Alors j’aurai bien posé une autre question pour détendre l’atmosphère tu vois, genre « alors, la baise ? Ca le fait ou bien ? », mais je suis restée sur ma lancée, vous faites quoi dans la vie.

Et là les deux me disent « non, mais c’est qu’on a un métier un peu particulier qui interpelle beaucoup les gens alors on en parle on en parle et puis on est beaucoup sollicité par rapport à ça, c’est pas contre vous mais parfois on aimerait tellement sortir de l’image que renvoie ce métier et être… comme tout le monde… ahahah ». Avec un air suffisant qui puait le bon gros diplôme, genre celui que tu croises qu’une fois dans ta vie quoi.

Ok… Ca, c’est fait. Bon alors, vasy did, met la machine à fantasmes en route là. Quel genre de métier ils peuvent faire pour interpeller autant les autres ? Mais ça sent la méga classe tout ça, genre bac +17. Attends attends attends… oh putain… ils doivent être neurochirurgiens. Tu sais le truc qui fait rêver quoi. Ah ouais ??? Neurochir ? Mais trop de la balle et vous faites quoi et ça consiste en quoi ? Concrètement ? Avec des exemples simples hein, sinon je comprends pas. Ou alors attends… Oh putain ce sont des as du barreau ! Des avocats superstars et tout, genre en face de moi, j’ai Maitre Eolas, la superstar du net, trop bien !!!

Donc forcément… je vous laisse imaginer la taille de ma déception quand ils m’ont dit « on est éducateurs spécialisés à l’aide sociale à l’enfance ».

Allez mais c’est pas vrai ! La bêtise de ta maman quoi ! Pourquoi pourquoi pourquoi, les connards suffisants dans une soirée, ce sont toujours les éduc ? Alors je vous explique. Les éducs sont des connards, persuadés avec leur pauvre diplôme de merde d’être des sauveurs de l’humanité sans qui la société se serait déjà effondrée.
Au sein même des éducs, il y a une hiérarchie, en fonction de où tu bosses. Ainsi, les éducs qui bossent dans le handicap sont considérés comme des merdes par leurs pairs parce que ça fait gâche de planqué. Parce que vouloir faire de l’éducatif avec les ouin ouins ça a un côté cause perdue. Au-dessus, tu as les éducs d’insertion, très mal vus parce qu’on éduque pas les adultes. Encore au-dessus tu as les éducs protection de l’enfance. Le top du top. L’enfant quoi. La pureté, l’innocence, la trinité même ! Et dans le cercle de la protection de l’enfance, t’as les éducs aide sociale à l’enfance, auto proclamés « sans nous, la société serait morte depuis longtemps ». Pourquoi ? Bonne question, quand t’as la réponse tu me fais signe. Parce que le côté « Oooh quel beau métier vous faites, moi je pourrai pas », ça va 5 minutes quoi.

Je sais, je sais. En ce moment, les éducs ont pas trop la côte avec moi. Mais quand même. N’importe quel acteur en lien avec l’aide sociale à l’enfance te dira, à un moment ou à un autre « ils me font chier l’ASE (merci de prononcer azeuh) à péter plus haut quel leur cul ».

Du coup là, paye ton dilemme, je leurs dis ou pas, que je suis de la maison ? Non parce que j’ai deux possibilités, soit je leurs dis « Non mais je vais pas vous faire chier je connais », soit je suis une connasse jusqu’au bout et je le joue « ohlala kikoolol quel beau métier vous faites, moi je pourrai pas hihi ».
J’ai donc décidé, fidèle à moi même, de couper la poire en deux, et de faire style je connais, mais de loin. J’ai des potes éducs mais pas plus quoi.

Et là… la jouissance.
« Ah non mais je vous comprends, j’ai des potes éducs dans à peu près tous les secteurs et je comprends tout à fait que ça gave qu’on renvoie systématiquement ce côté altruiste, don de soi, métier impossible. Après tout c’est un job comme un autre hein, vous êtes quoi ? Bac +2 ? Pas de quoi se la péter hein. Je vous rassure, j’ai beaucoup plus de respect pour les caissières que pour les éducs ».

Hé ben crois le ou pas, mais se faire traiter de connasse par une vieille rombière de l’aide sociale à l’enfance… J’en jouis encore dis donc ! La vie c’est de la merde maiiiiis on peut toujours trouver deux ou trois trucs pour la rendre potable.

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