La gaffe

Après 5 mois à fond la caisse je sens que c’est la fin là, je sens le relâchement… Et du relâchement naît la gaffe…

Dans les représentations sociales, un clodo c’est un type cradingue de chez cradingue, avec une barbasse de 10 ans, des haillons, une bouteille de villageoise de 1 litre et demi et un vocabulaire compréhensible uniquement de ses congénères. Le clodo clodo quoi. Alors loin de moi l’idée de dire que ça n’existe pas, puisqu’on les voit couchés sur les bancs aux arrêt de tram… enfin, sous les bancs maintenant puisqu’on peut plus s’allonger dessus à cause des accoudoirs… Bon bref clodo clodo je le vois pas souvent moi, parce que ces personnes sont tellement désocialisées qu’elles viennent pas là ou je bosse, puisque c’est toujours la société.

Sauf un. Il est arrivé à peu prés en même temps que moi, et c’était marrant de voir comment il nous a approché. D’abord dehors dans la rue, ensuite un pied dans la court, ensuite un bras devant la porte, avant de mettre un pied dedans (2 mois tout compris). Et j’ai bien accroché avec mon petit clodo clodo. J’aime bien sa grosse barbasse, je l’aime bien tout court en fait. Alors ça empêche pas les aléas du métier… genre : »ha il veut me parler… ha merde dans le bureau… ». Non parce que pas lavé depuis un temps qui se compte facilement en mois quoi… Donc pas proche de l’évanouissement, mais on commence à s’approcher d’un truc qui y ressemble quoi (alors c’est marrant parce qu’à l’oral mon tic de langage c’est « t’sais » et à l’écrit c’est « quoi »… c’est fou ça c’est… en fait on s’en fout quoi t’sais). Mais malgré tout c’était chouette de le voir évoluer.
La preuve, y a pas longtemps il m’a parlé de son désir de faire une cure pour traiter son alcoolisme, ça sent la motivation ! Ouais allez Clodo clodo !

Cet après midi je le vois débarquer, raide bourré. Alors en soi c’est normal que les cures ça marchent pas parce qu’après il faut partir en post-cure, et qu’une post-cure, c’est deux mois d’attente à la sortie de la cure… dans la rue… sans toit… sans picoler… mais bien sûr…
Donc on se voit un petit peu dans le bureau, je m’attends à ce qu’il me dise qu’il a pas tenu parce que dans la rue c’est trop compliqué et en fait pas du tout ! Il a pas tenu parce qu’il a appris qu’il a un cancer des os et qu’il lui reste au maximum 5 ans à vivre. Face à ça je pense qu’il existe plusieurs réactions assez saines venant du sochiol weurkeur. On peut fermer sa gueule et écouter ce que l’autre a à nous dire, lui laisser un espace libre dans lequel il peut se déverser. On peut aussi porter la personne, lui expliquer qu’il a aussi le droit de se battre et de pas se laisser crever. Moi non, moi chuis une guedine dans ma tête moi. Moi, juis dis « ho nooooooooon ! tu vas perdre ta grosse barbe à cause de la chimio !!! »…
Ca, c’est fait !

Toutefois rassurez-vous hein, encore un qui crèvera sans bruit…

Mais non chuis pas amère… MONDE DE MERDE !!

4 commentaires pour “La gaffe”

  1. mellie dit :

    pays de merde, monde de merde, maladie de merde…

  2. Oin-Oin dit :

    tjs un plaisir de te lire …

    Deux messages dans la semaine… gaffe au surmenage

  3. piero dit :

    on dirait du muriel robin, non ?
    bon.

  4. Did dit :

    Oin-Oin : Arrète, je me suis fait une fracture du poignet en tapant le deuxième message. J’ai cru que j’y restais…
    Toujours un plaisir de te voir passer.

    Mellie : hey ! allez pleure pas, j’espère que quand je serai diplomée je verrai pire…

    piero : tu sors…

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