Le départ

Cette semaine j’ai vécu mon premier départ au boulot. Une Bernardotte qui se tourne vers de nouveaux horizons (elle part en centre adulte, là ou elle va… finir sa vie en fait, alors qu’elle a 25 ans… enfin bref) et qui nous quitte. Et ça m’emmerde. Je l’aimais bien ma bernardotte. Elle me faisait marrer. En fait elle était autiste, d’assez bas niveau, mais ça l’empechait pas d’être toute mimi. Alors les autistes ils sont bien, souvent ils sont dans le mimétisme, et puis dans la répétition aussi, un peu une façon de pouvoir retrouver des repères parce que chaque jour est différent et que des fois c’est flippant. Et donc souvent elle nous regardait en faisant des grimaces, en attendant qu’on l’imite, on le faisait ça la faisait marrer et là c’était parti pour la grande messe de l’autisme :
- « Diiiiid on le fait on le fait ? Allez à 3. 1,2… Anniiiiiiie, tu regardes, Franck, t’es prêt, Audreyyyyyyy t’es là ? Allez à 3. 1, 2, doucement doucement y a des gens qui dorment. 1, 2, attends je m’essuie, après on mange. 1,2,3 !… Fallait faire quoi déjà ? »

Quand je suis arrivée dans l’institution, le truc avec elle c’était « dévellopper son autonomie langagière ». Le genre de truc à pas me dire à moi… On a bossé comme des forcenés pendant 2 ans pour lui faire acquérir un langage divers et varié. Alors attention, je ne suis pas cruelle, quand elle parle elle sait ce qu’elle dit. Donc quand elle dit « on est des guenins (oui non en fait c’est guedins mais on a jamais réussi à lui faire dire le d) » elle l’utilise jamais à mauvais escient. Donc autant vous dire que j’ai cherché pour ma part à lui faire acquérir un langage plus… comment dire… fleuri, et surtout à la rallier à la grande cause du « la vie c’est de la merde ». Et la première fois que je lui ai dit ça, elle m’a regardé avec des grands yeux et m’a un peu moisi la gueule parce que « on dit pas ça c’est moche ». Bon alors on dit quoi ? « Ben on dit zut, la vie c’est de la zut, t’es polie ou t’es pas polie ? ».
Adorable quoi ma bichette.

Et là elle se casse, elle me laisse toute seule. Pétard la vie c’est trop de la zut !

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