Archive pour mars 2012

L’errance

Vendredi 23 mars 2012

Enfin un qui me réclame. Piero, tu es mon idole, les autres vous êtes des connards.

Maintenant que le cadre est posé on peut enfin passer aux choses sympathiques. Mais kesse k’il s’est il passé ces derniers mois ? Hé ben l’errance mon pauvre, l’errance. L’errance du travailleur social précisément, et l’impossibilité d’écrire parce que c’est quoi ce gros bordel dans ma tête ? Et pourquoi quand j’écris c’est tout le bordel tout pareil ?

Alors en fait en septembre je bossais comme éduc de jour avec des cassos, et y a rien à faire, moi les cassos et le quotidien, je peux pas j’y arrive pas ça m’emmerde. C’est au delà de ça, je ne comprends pas ce qu’on me demande, il y a trop d’écart entre ce pour quoi j’ai été formée et ce que je vois sur le terrain. Moi pendant 3 ans on m’a dit adaptabilité, souplesse, remise en question et réflexion. Et quand je déboule dans un truc où des gamins sont placés par le juge parce que leur famille c’est trop la merde pour qu’ils y restent (« Alors madame machin, comment s’est passé le we avec votre fille ? Comment ça vous savez pas ? Ah ok la clé était sous le paillasson vous vous étiez en we à Marseille… Ah bon ben s’il y avait du surimi dans le frigo tout va bien alors, c’est vrai que les gamins de 12 ans kiffent le surimi ») et que je me prends la tête avec un éduc parce que j’ai ouvert la salle ping pong à 16h alors que le règlement dit que c’est à partir de 17h ça me fait juste péter les plombs.
Non parce qu’en fait, le plus gros problème quand on bosse en protection de l’enfance, c’est la protection de l’enfance on est d’accord. C’est de la merde. Tout est fait en dépit du bon sens, c’est à se demander si les mecs qui légifèrent ils ont déjà vu un gamin. Mais au delà du système, le deuxième truc le plus con en protection de l’enfance, ce sont les éducs de protection de l’enfance !! Faut être réaliste, on est con comme des barriques quand même. Et le coup de cette putain de salle de ping pong c’est le symptôme, n’empêche que fondamentalement, j’ai jamais compris pourquoi c’était si problématique pour mes collègues de l’ouvrir avant cette putain de salle !! Et à chaque fois je décartonnais parce que la réponse préférée de l’éducateur, quand tu lui poses une question à laquelle il n’a pas de réponses, c’est « c’est écrit dans le règlement ». Oui mais pourquoi ? Ben c’est écrit dans le règlement. Mais c’est quoi le sens ? Ben faut du cadre. Oui mais le cadre et le règlement c’est pas la même chose, alors pourquoi ? Ben c’est le règlement.
Vous voulez être éduc ? Facile, apprenez à dire « oui mais non c’est le règlement ».
Alors comment tenir dans un cadre aussi hostile ? Ben… j’ai pas trouvé. Faut pas rêver, le jour où on comprendra qu’un gamin, la plupart du temps il est violent parce qu’on réussit à le rendre violent, ce jour là la paix règnera dans le monde et on aura plus jamais à travailler. Bisous.

Bref. Après cet épisode difficile, je suis allée me calmer les neurones avec les pimpins. Ben putain ça faisait un bail que j’avais pas bossé avec des pimpins ça fait bizarre. Et j’ai redécouvert un truc, y a pas plus plein d’humour qu’un pimpin ! C’était trop marrant de voir un gamin débouler, me dire « je vais te casser la gueule », lui répondre « Et comment ? T’es handicapé, j’ai qu’à ouvrir la porte et te jeter dans les escaliers. » et m’entendre dire « Ah merde, tu as trouvé mon seul point faible » par un merdeux hilare.
C’est aussi le seul endroit où j’ai pu me pointer, donc fidèle à moi même habillée n’importe comment, à savoir une veste rose pétard et un vernis bleu fluo et m’entendre dire « Lydie (oui c’est mon vrai prénom oui, vous l’oublierez à la fin de ce post) ? Lydie ? Lydie ? Lydie ? Lydie ? Lydie ? Lydie Gaga ? ».
Ils sont étonnants ces petits cons.
Bon là c’est pareil. Je vais fermer ma gueule sur l’(in)compétence des éducs sinon j’en ai pour des plombes. Juste, à la liste de compétences nécessaires pour exercer ce métier, rajoutez « je n’en peux plus je suis fatigué(e) c’est décidé je me mets en arrêt maladie ». Mais surtout ne le faites pas, contentez-vous de le dire. Histoire que ça fasse vraiment chier pour quelque chose.

Et donc là en ce moment je bosse… en protection de l’enfance. Hé oui. Non mais attendez, faut arrêter hein, moi j’ai jamais dit que j’étais cohérente ! J’ai jamais dit que j’étais pas masochiste ! Et j’ai jamais dit que vous me cassiez pas les couilles !! Quoi vous avez rien dit ? De toute façon que vous l’ouvriez ou pas vous me les brisez !! De toute façon vu qu’on est pas vraiment dans des ères sociales où le job d’éduc a la côte, je bosse surtout là où il y a du taf. Et en plus je me paye le luxe de dire « nan l’internat je veux pas » alors que c’est là qu’il y a 90% du taf.
Bref. En ce moment je travaille sur des suivis de familles, ordonnés par le juge des enfants (oh cool !! Mes nouveaux ennemis !!) autour de mineurs en danger. Ce qui me plait dans ce job ? Casser la gueule aux parents. Parce que c’est quand même jouissif de leur dire que je ferai pas le boulot à leur place. Le plus chiant dans ce taf ? Ben… dire à des gamins de 10 ans que oui, leur mère leur a dit qu’elle les aimait pas, et que des fois faut savoir grandir avec des parents en carton…

Et si j’allais vendre des livres ? Boulot de merde, système de con… Sinon ça va chez vous ?