Archive pour avril 2010

le buraliste fou

Mardi 27 avril 2010

Quand je sors de chez moi, j’ai un million de possibilités. Je peux traverser la route et aller chez un buraliste. Je peux traverser la voie de tram, et aller chez un buraliste. Je peux faire 500 mètres, et aller chez un buraliste ouvert jusqu’à minuit (‘tain truc de dingue c’est des oufs ouvert jusqu’à minuit quoi). Je peux faire 550 mètres, et aller chez un buraliste ouvert jusqu’à minuit (putain mais c’est Byzance !!) et qui en plus fait PMU avec tous les vieux du quartier affalés au comptoir et qui jouent au rapido.
Je sais ce que vous vous dites, quelle chance elle a. Oui, quelle chance j’ai.

Alors j’avais déjà testé le buraliste de l’autre côté de la route, les buralistes ouverts jusqu’à pas d’heure (minuit ouahouuuu !) parce que « meeeeeeeeeeeeeerde 23h45 et j’ai plus de tabaaaaaaac !!! HAAAAAAAAAA !!! ». Mais j’avais jamais tenté le bureau de tabac de l’autre côté du tram. Je sais pas pourquoi, peut être parce qu’il est sur la droite quand je sors de chez moi et que la droite j’aime pas ça. Chais pas. Je fais une introspection et je vous tiens au jus.
Bref. C’est donc chose faite. J’ai testé le bureau de tabac de l’autre côté du tram. Et mon dieu mon dieu mon dieu quelle aventure…

Alors (tient, ça fait 2 fois que j’attaque mon paragraphe par alors) j’y suis allée une première fois, je rentre, TING ! bonjouuuur avec un grand sourire parce que connement, chez les commerçants, je souris. Et là le mec me regarde et me demande quel taf je fais. Donc je lui réponds, je vois pas sur le coup un seul argument pour ne pas lui répondre, et là le type me fait « J’EN ETAIS SUR !!!! Moi les éducateurs, je les sens à 50 mètres ! ». En fait le mec est handicapé, il a une prothèse à la jambe, un certain handicap physique et a grandi en institution. Et il me propose de boire un café dans son arrière boutique. Et comme j’ai 20 minutes à tuer, que je suis dans une phase plutôt sociable et qu’en plus le mec il marche sur une seule guibolle je vois pas vraiment où pourraient être les emmerdes, je dis ok, va pour le café dans l’arrière boutique, même si j’ai le vague sentiment que je vais faire l’éduc hors temps de travail…
Et le mec me raconte toute sa vie en institution et tous les problèmes que ça lui a posé, le manque d’intimité machin, que les éducs rentraient dans la salle de bain sans frapper, que vraiment c’est pas toujours marrant. Le tout entrecoupé de « TING ! Excusez-moi, BONJOUR ! KESKY VOUS FAUT ?? ».
Alors (encore un alors…) franchement c’était plutôt sympathique hein. Ca m’a fait rire et tout, le mec il était sympa. Cool quoi.

Et (tient, pas d’alors là) une quinzaine de jours plus tard, j’y retourne ! Le mec il me voit, salut, t’as 5 minutes pour un café, ouais vite fait hop je passe dans l’arrière boutique. Et là c’est le début du grand n’importe quoi. Déjà je me pose sur le fauteuil face à la télé et… ok… il mate un film de cul… Et là le mec me regarde et me dit « oui je regardais un film de cul hein si tu veux je l’éteins ». Alors (hey ! alors !!!) comment dire… oui, éteins le donc… Et derrière pendant un quart d’heure ça a été un mélange de « alors moi le sexe j’adore ça, j’ai tout essayé, j’ai tout fait, mais ma femme elle est coincée, la sodomie elle veut pas alors que quand c’est fait dans le respect hein franchement » entrecoupé de TING (la porte) CLAC (le bruit de sa prothèse qui se remettait droite) et de « NON J’AI PAS LE TEMPS LA !!! ».
Ok… tout va bien. Je suis dans l’arrière boutique d’un fou furieux complètement obsédé (des fois le printemps, c’est très très moche, sisisi) avec une prothèse qui fait clac et qui envoie bouler tous ses clients. J’ai le contrôle total sur ma situation et sur ma life. Je ne suis pas en train de vivre l’un des moments les plus pathétiques de l’histoire de marlboro.

Je réussis à m’éclipser grâce à un « je dois aller bosser » totalement faux mais pour le coup salvateur et providentiel à la fois. Et j’ai surtout un gros point d’interrogation sur la tête en sortant… Mais keski c’est passé putain ?
Et j’ai raconté un peu l’anecdote autour de moi, et les réactions ont été unanimes. « Mais t’es complètement conne ou quoi ??? ». Ce que je tiens à démentir, le test de QI de femme actuelle m’indique tout le contraire. Et puis merde !!!! Les gens ils sont sociables et moi j’ai pas le droit ??? Ce à quoi tout le monde a répondu « si, mais quand tu risques de te retrouver avec du ghb dans ton café c’est trop de sociabilité hein ».

Jeul’ savais que la droite c’était comme la vie. De la merde. Mon hébergeur y’m fait peut être la misère mais je perds pas le nord moi !!!

Nouvelle adresse

Vendredi 16 avril 2010

En 5 ans, c’est la deuxième fois que je me fais virer par mon hébergeur (hein jo hein jo merci Jo !!!!!!!).

Je tiens donc à remercier mon nouvel hébergeur ! Merci Jooooo !!!! J’eus cru perdre 5 ans d’archives j’en aurai chialé dis donc. Reste à savoir si les vieux de la vieille, ceux qui ont suivi tous les déménagements (hein Mellie, hein Mathieu, hein toi qui met jamais un com (rapiat, hey ! parenthèse dans parenthèse !)), qui auront toujours réussi à me retrouver dans les bas fond du net seront aussi dégourdis.

Alors les guenilles, faites signes quand vous êtes de retour ! Moi chuis toujours là.

l’hommage

Mercredi 7 avril 2010

A mon taf, y a un type, qui s’appelle toujours Punkach hein, depuis le début je le regarde et je me dis « toi mon gars, je vais te croquer sur mon blog ». Mais j’étais obligée d’attendre. Le truc quand on bosse avec des gens tout fracassés, c’est qu’il faut prendre le temps de les aimer pour faire ressortir le beau qui est toujours caché profondément en eux. Très profondément.

Parfois on serait tenté d’avoir pitié.
Putain… il a mon âge et juis donne l’âge de mon père tellement il est abimé…
Parfois on est tenté de vomir.
Putain… ça fait un mois qu’il a pas pris de douche et qu’il a pas changé de fringues j’en peux plus là je vais le braquer faut que ça change.
Parfois, on est tenté de rire.
« Did, est-ce que ma meuf peut prendre une douche ici ? Non parce que quand elle écarte les jambes j’te jure elle pue trop d’la chatte… »
Parfois, on est tenté de se suicider.
« Did en fait avec ma copine on se demandait si t’étais lesbienne parce qu’on ferait bien des trucs avec toi tu vois c’que j’veux dire » (heu… je veux pas savoir… Putain elles habitent dans 15 mètres carré, avec 4 chiens, non définitivement je veux pas savoir).
Parfois, on est tenté de les tarter.
« Vasy Did file le téléphone grouille » « Vasy Punkach tu vas me parler autrement tu m’as pris pour ta secrétaire ou quoi ».

Après, on voit juste ce qu’il y a dessous. Les fragilités, les rigolades, comment ils transmettent la vie qu’ils ont vécu, les dons, l’humour, la dérision. L’amour quoi.

Et ce petit Punkach, je sais pas comment m’y prendre. La seule façon dont je peux le décrire, c’est mi-tique. Mignon. Pathétique. Ou pathé-gnon. Mais c’est quand même moins classe… Ce mec, il est plus jeune que moi, il a plus de dents à cause de la came, il consomme à donf c’est un supermarché de la drogue à lui tout seul. Une goute de son sang et tu tripes pendant 72 heures. Il voit pas l’intérêt de prendre plus d’une douche par mois. Il père 50 kilos tout mouillé. Il tient plus droit on dirait presque qu’il est à bout de force. Il s’est abandonné, il donne le sentiment de ne plus pouvoir exister par lui-même.
Et ça crée des situations mi-tiques (ou pathé-gnonnes). Punkach a 3 chiens. Le truc c’est que Punkach ne promène pas ses chiens. Les chiens promènent Punkach. Et des fois j’ai presque l’impression de voir passer un chien, une laisse, et Punkach au bout, trainé par son… pitt ? Rott ? Staff ? Non… Trainé par son teckel… A bout de force mon petit Punkach.
Il y a peu, l’un des trois chiens de Punkach (une lady en fait) a fait 9 petits chiots. Et la politique de Punkachville c’est « pas de nouveau chien, pas de portée sur les lieux ». Petit Punkach s’est donc vu dans l’obligation de quitter les lieux puisqu’il veut garder la portée jusqu’au sevrage et les donner. Toutefois il est pas exclu, il peut venir nous voir quand il veut, bénéficier des services et tout, mais la portée ne rentre pas. Et le lendemain de la naissance des petiots je vois arriver mon petit Punkach, avec son caddie de carrefour avec la chienne et les chiots dedans (10 en tout…), et ses deux autres chiens attachés à son sac à dos (donc 12 chiens en totalité).
J’ai discuté un moment avec lui pour lui faire comprendre que non, j’allais pas surveiller les chiens sur le trottoir pendant que lui allait vaquer à ses occupations chez lui. Ni que j’allais lui permettre d’utiliser le téléphone sur le trottoir. Je lui ai demandé de caser son caddie contre le mur, de faire ce qu’il avait à faire mais de prendre ses responsabilités. La portée il l’a voulue, il l’assume. Il colle donc son caddie contre le mur en gueulant (BANDE DE CONNAAAAAARDS) et rentre. On fait 4 mètres et là on entend un petit tut tut assez discret. Je me retourne et je peux vous assurer que j’ai vécu quelques secondes dans un monde totalement irréel.
En fait le caddie a glissé, et s’est retrouvé à rouler au milieu de la route, avec Punkach qui essayait de courir après. Je dis bien essayait car son pantalon trop grand pour lui avait glissé sur ses chevilles… Je n’ai pas pu m’empêcher de m’imaginer le caddie percuté par un bus, avec les titres dans la presse le lendemain : « un caddie renversé, 10 morts ».
Mi-tique.

Si je parle d’hommage, c’est parce que ce mec m’a raconté sa vie, ce qu’il avait vécu, par quoi il était passé. Et je peux pas m’empêcher de me dire qu’à sa place, j’aurai claqué il y a longtemps. Et là où je ne peux que l’admirer, c’est que lui il est toujours là, il lâchera pas.

Tu sais quoi mon petit Punkach ? J’te kiffe à donf.