Archive pour janvier 2009

La gaffe

Mardi 20 janvier 2009

Après 5 mois à fond la caisse je sens que c’est la fin là, je sens le relâchement… Et du relâchement naît la gaffe…

Dans les représentations sociales, un clodo c’est un type cradingue de chez cradingue, avec une barbasse de 10 ans, des haillons, une bouteille de villageoise de 1 litre et demi et un vocabulaire compréhensible uniquement de ses congénères. Le clodo clodo quoi. Alors loin de moi l’idée de dire que ça n’existe pas, puisqu’on les voit couchés sur les bancs aux arrêt de tram… enfin, sous les bancs maintenant puisqu’on peut plus s’allonger dessus à cause des accoudoirs… Bon bref clodo clodo je le vois pas souvent moi, parce que ces personnes sont tellement désocialisées qu’elles viennent pas là ou je bosse, puisque c’est toujours la société.

Sauf un. Il est arrivé à peu prés en même temps que moi, et c’était marrant de voir comment il nous a approché. D’abord dehors dans la rue, ensuite un pied dans la court, ensuite un bras devant la porte, avant de mettre un pied dedans (2 mois tout compris). Et j’ai bien accroché avec mon petit clodo clodo. J’aime bien sa grosse barbasse, je l’aime bien tout court en fait. Alors ça empêche pas les aléas du métier… genre : »ha il veut me parler… ha merde dans le bureau… ». Non parce que pas lavé depuis un temps qui se compte facilement en mois quoi… Donc pas proche de l’évanouissement, mais on commence à s’approcher d’un truc qui y ressemble quoi (alors c’est marrant parce qu’à l’oral mon tic de langage c’est « t’sais » et à l’écrit c’est « quoi »… c’est fou ça c’est… en fait on s’en fout quoi t’sais). Mais malgré tout c’était chouette de le voir évoluer.
La preuve, y a pas longtemps il m’a parlé de son désir de faire une cure pour traiter son alcoolisme, ça sent la motivation ! Ouais allez Clodo clodo !

Cet après midi je le vois débarquer, raide bourré. Alors en soi c’est normal que les cures ça marchent pas parce qu’après il faut partir en post-cure, et qu’une post-cure, c’est deux mois d’attente à la sortie de la cure… dans la rue… sans toit… sans picoler… mais bien sûr…
Donc on se voit un petit peu dans le bureau, je m’attends à ce qu’il me dise qu’il a pas tenu parce que dans la rue c’est trop compliqué et en fait pas du tout ! Il a pas tenu parce qu’il a appris qu’il a un cancer des os et qu’il lui reste au maximum 5 ans à vivre. Face à ça je pense qu’il existe plusieurs réactions assez saines venant du sochiol weurkeur. On peut fermer sa gueule et écouter ce que l’autre a à nous dire, lui laisser un espace libre dans lequel il peut se déverser. On peut aussi porter la personne, lui expliquer qu’il a aussi le droit de se battre et de pas se laisser crever. Moi non, moi chuis une guedine dans ma tête moi. Moi, juis dis « ho nooooooooon ! tu vas perdre ta grosse barbe à cause de la chimio !!! »…
Ca, c’est fait !

Toutefois rassurez-vous hein, encore un qui crèvera sans bruit…

Mais non chuis pas amère… MONDE DE MERDE !!

La culpabilité (et la bonne année)

Samedi 17 janvier 2009

Dans une semaine je finis mon stage. Je pense que j’ai jamais autant souffert de toute ma vie.

Au fond ça remet les pendules à l’heure. Non pas que ça remette en cause les merdes que j’ai pu traverser, la décadence dans laquelle j’ai pu tomber, la déconstruction, la douleur. Non, c’est là, ça fait partie de moi, au fond ça a même fini par me construire, par faire celle que je suis aujourd’hui et qui finalement ne me déplait pas tant que ça.

Je finis mon stage avec le sentiment d’avoir vu toute la misère de mon pays dans les yeux, les inégalités, les injustices, la souffrance la souffrance la souffrance et la mort. Je reste lucide, je n’en ai vu qu’une infime partie.
Je finis mon stage malheureuse. Malheureuse de partir, malheureuse d’avoir passé du temps à dire à des clandos dans des états physiques même pas pensable « ha oui mais vous savez le problème c’est que la France a pas de problèmes diplomatiques avec la guinée, donc en gros non vous aurez pas de droit d’asile… oui vous avez été vendue par votre père contre 4 chèvres (bon prix au passage) à un vieux dégueulasse, excisée, violée oui… je dois juste vous remettre dans le réel. ».

Malheureuse de ne plus entendre qu’ils me font confiance, de ne plus entendre merci d’être ce que tu es. Malheureuse de ne plus pouvoir me dire qu’ils me gonflent ces gros cons de clodos qui crèvent sans qu’on les voit, malheureuse de ne plus pouvoir me dire que, putain, qu’est ce que je les aime !

Toutefois je n’oublie pas les fondamentaux, jamais. Souvent j’ai les boules parce qu’ils me foutent les boules ! Ainsi, la semaine dernière je vais tranquillement faire les soldes. Ho oui vasy j’ai adoré ça, cramé ma cb pour exister raaaah lovely !!!! Par contre j’ai pas du tout aimé le coup du retour dans le tram.
J’ai croisé un moldave (alors c’est où la moldavie…) qui vient là où je bosse. La vie de merde de chez vie de merde. Genre… une famille, et même un bébé, à la rue, pas de fric, rien. et donc mon petit clodave (clodo moldave… quoi c’est de mauvais gout ??) me voit et me remet ! Alors en général dans ces cas là on est à l’abri. Les gens qui font la manche ne tapent pas les travailleurs sociaux qui bossent avec eux. Question de principe.
Sauf pour les clodaves désespérés.

Donc je suis dans le tram avec mes sacs des galeries lafayeeeeeette, mes sacs étaaaaaam, ma conso, mon capitalisme oui ! Donc il me voit et me fonce dessus avec ses petits papiers qu’il distribue pour expliquer sa situation et essayer de gratter une thune ou deux. On discute et il m’explique que « pas couches pour la bébé ». Je lui propose d’aller aux restos du coeur bébés, mais comme sa gosse a plus d’un an… Et en me disant ça, il matait mes sacs avec insistance…
Il me laisse son petit papier et se casse dans le tram, en matant bien mes sacs.

J’arrive à mon arrêt, heureuse de chez heureuse parce qu’il n’a pas eu le temps de revenir. Je descends donc heureuse, j’aurai pas à lui dire que non, je vais pas lui filer de fric. J’ai un grand sourire, mes sacs frétillent, ma cb brule encore, limite elle m’en redemanderait la coquine…
Et là, horreur malheur… Il est descendu au même arrêt que moi et me saute dessus en matant toujours mes sacs. Et bien évidemment j’ai droit à mon petit « petite pièce pour la bébé, vient avec moi acheter couches pour la bébé »… les yeux sur mes putains de sacs de la chatte à ta mère !!!!

Donc, là dans ma tête ça se joue à peu prés comme ça : « HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA MAIS CONNARD ENFOIRE HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA OUI JE CONSOMME OUI JE CLAQUE DU FRIC SUR DES TRUCS QUI SONT PAS DE PREMIERE NECESSITE OUI !!!!! HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA ET T’AS PAS LE DROIT DE ME CULPABILISER PARCE QUE J’AI PAS UNE VIE DE MERDE !!!!! HAAAAAAAAAAAAAAA ».
Dans ma bouche, ça c’est joué à peu prés comme ça : « Non… désolée… »

Le pire c’est que ce connard il s’est tiré en me disant « ci pas grave la madame, la bébé ci pas grave, et la bonne année la madame ». Et en matant mes sacs le con.

HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!!!! Il me souhaite la bonne année en plus ! Et la santé connard !!! En même temps c’est cool, parce que j’ai pas sa vie de merde, mais pour que ça tombe sur ma gueule j’ai quand même une bonne vie de merde. Et ça me fait toujours autant de bien de le dire…

Ouais hein ! Bonne année, et la santé bande de sagouins !