Archive pour la catégorie ‘boulot’

Le job

Jeudi 21 juillet 2016

Il y a peu, une copine est passée me voir. Et on commence à discuter normal :
-Alors t’écoutes quoi en ce moment ?
-Ben écoute là je suis à fond sur old mcdonald et sa ferme je suis à fond je peux même la faire à la maracas.
-Oui non mais… Bon laisse tomber. Et tu penses à des trucs tu fais des trucs ?
-Ben l’autre fois je me demandais, cette conne d’araignée gypsie à sa gouttière là, elle pèse 20 kilos pour tomber comme une merde dès qu’il pleut ?
-Non mais je veux dire autre chose que des trucs de bébé quoi merde !!
-Alors figure toi que j’ai réalisé que quand tu touches les couilles de…
-STOOOOOOOOOOP !!!!!! Tu sais quoi ? Faut vraiment que tu trouves du boulot meuf…

Et c’est comme ça que j’ai commencé à chercher du boulot. Alors comment tu cherches du boulot, quand, comme moi, t’as autant envie d’aller bosser que de te pendre ? Mmh ? et bien en cherchant un job que tu peux pas avoir bien sur !
Et encore, j’ai même pas eu besoin de le chercher le job que tu peux pas avoir on me l’a amené sur un plateau. DRIIING « Allo ? » « Ouais Did écoute je t’envoie une offre qui pourrait t’intéresser ! ». Et effectivement c’était une offre très intéressante hein, de la coordination dans un truc médical, super. Et puis surtout parfaite pour moi puisque je suis éduc et que c’est un poste infirmier ! Ahah ! Le job impossible à avoir j’veux dire. Bonjouuuuur ! Je suis caissière mais chirurgien ça me dirait bien ! Du coup je le signale à ma pote, dis donc c’est sympa mais je suis pas infirmière hein. Et là, réponse de la mort : « écoute Did, c’est de la coordination, faut pas piquer ni prendre de tension alors c’est bon tu peux le faire, postule rapido stp ça urge ».
Et là c’est le deuxième argument job que tu peux pas avoir puisque ça c’était au mois de juin, et moi j’ai pas de mode de garde pour le lardon avant septembre du coup ça urge dans ton cul si tu veux mais pas dans le mien merci !

Telle une guedine que je suis je décide néanmoins de postuler. Rapidement donc. Et va faire une lettre de motive quand tu sais pas pourquoi tu postules et que t’as pas les qualifs… Bonjouuuuur ! Alors et bien écoutez ça a l’air sympatichounet comme tout votre poste du coup you need me bitch ! pourquoi, je ne sais pas, puisque le médical j’y connais rien, je trouve les infirmières sexy et je les aime bien mais sinon je connais pas leur job, j’aime pas les médecins je les trouve cons comme des ballons et j’ai aucune idée de ce que vous faites ni pourquoi vous le faites, mais j’ai très envie de le faire aussi. On se rencontre ? ».
Ou a peu près.
On est d’accord que c’est le genre de profil, t’es boss, tu vois le cv et tu dis à la secrétaire d’investir direct dans une broyeuse.

Donc quelle ne fut pas ma surprise, deux jours plus tard, d’avoir un coup de fil de la sus nommée secrétaire pour un entretien dans la foulée.
Donc là je me suis dit je fais quoi… J’y vais j’y vais pas ? Ben j’y vais bien sûr, ça fait toujours de l’entrainement, puisqu’effectivement à partir de septembre lardon étant à la crèche il faudra bien que je trouve du taf, donc un entrainement après des moiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiis d’inactivité professionnelle je me dis que ça peut pas faire de mal.
Donc du coup je prépare… ben rien du tout hein. Je vais me casser l’arrière train pour un poste que j’ai aucune chance d’avoir.
Et le jour j, à l’heure dite, hop me voilà fraiche et pas prête du tout pour mon entretien.

Et là… C,’est le début du grand n’importe quoi le wtf le plus total que j’ai jamais vu ça de ma vie. Donc le big boss m’accueille, très sympa, hyper dynamique, qui te propose un café. Déjà là j’hallucine… Moi, tous les entretiens que j’ai eu pour des cdi, t’as le big boss, 3 sous chefs, le président de l’asso quand c’en est une et jamais ô grand jamais on te propose un café !!! Ben là, le mec il est tout seul et il arrive avec sa cafetière « c’est tôt quand même, p’tit café ? ». Mais que ? P’tit café ? Ben… Oui, avec plaisir, les entretiens avec la petite moustache de mousse c’est kiffant je trouve.

Donc il me regarde et me met cash dans le truc « qu’est ce que vous foutez là en fait ? »
Okayyyyyy donc Did, respire un coup et sort un truc un peu cool genre « ouiiiii dans toutes mes expériences j’ai eu à travailler avec le secteur médical en partenariat, secteur intéressant blablabla ».
Et c’est tout naturellement que j’ai sorti « ben chais pas j’ai vu de la lumière et je suis rentrée. Non je… heu… (putain putain putain tu fais quoi là ???) je connais pas, j’aime bien les trucs que je connais pas ». Voilà, ça c’est fait… On appelle plus ça une balle dans le pied, ça prend trop de temps, l’agonie par le pied c’est tellement surfait moi je fais direct dans la tête. Pas très propre, mais rapide.
Et le boss me regarde sans ciller (mais il commence à m’interesser celui là ! Putain did merde, essaye d’assurer quoi quand même) et me dit non parce qu’en fait moi je voulais recruter une infirmière hein. Parce que je suppose que vous y connaissais rien en médical, hospitalisation toussa.
Donc là je me dis vasy vends toi !! Vends toi !! Et pas ton corps hein ! Vasy donne le meilleur de toi même ! Dis un truc genre « ouiii mais j’apprends vite et puis j’ai beaucoup travaillé blablabla pompe pompe ». et bien non, comme je me suis ratée à la première balle, j’ai décidé d’en tirer une deuxième : « Oui, non je n’y connais absolument rien, je veux bien vous vendre du rêve mais là dessus ça va être compliqué… ».
Et oui et oui bien sûr, qu’il dit le chef. Et vous êtes dispo de suite ? Tu sais, LA question à laquelle tu dis oui bien sûr ou un temps raisonnable quoi, sans jamais mentionner ton mioche sinon parait il que c’est mort. Donc très naturellement… Début juin, moi je dis « Ah non pas du tout, pas avant le 19 septembre parce qu’avant j’ai pas de mode de garde pour mon mioche ». Parce que 2 balles dans la tête je trouvais que ça faisait pas assez.

Et là… WTF…
Le boss se met à parler. Pendant 15 minutes non stop pour me présenter le service, ce qu’ils font (et qui a l’air très intéressant au passage, du coup larme de tristesse de pas correspondre au profil), et puis ben le fait que c’est important pour lui d’avoir quelqu’un prêt à bosser quoi. Donc je commence à remballer mes affaires, et puis en fait non, « ah mais attendez j’ai pas fini !! oui non parce que j’adore votre profil (quoi ?), votre cv tue (quoi ?) et je sais pas comment mais je suis sûr qu’on a besoin d’un éduc ici, parce qu’on en a pas et je suis sûr que vous pouvez servir à quelque chose, vous savez pour nous le médical, les travailleurs sociaux sont des énigmes. Vous passez votre temps à réfléchir et fumer des clopes, vous mettez 10 ans avant de faire (je m’insurge, c’est faux, total cliché, des fois on fume des clopes, on réfléchit longtemps et à la fin, on fait pas) alors qu’ici on est tout le temps dans le jus. Du coup, je vous propose un contrat (quoi ?), un mi temps, et pour que ça paye on vous propose un statut de cadre (quoi ?), vous bossez comme vous voulez je m’en fous avec votre gosse j’ai bien compris que pas trop tôt le matin pas trop tard le soir moi ça me va on se dit au 19 septembre ?

Heu… Le petit Marcel Beliveau est demandé à l’accueil. D’ailleurs il est pas mort lui ? Non sérieux j’te jure je suis partie, je suis restée devant les locaux pendant 10 minutes à me dire « naaaan mais le mec t’as fait une grosse blagoune ».

Et ben non dis donc ! Je viens de recevoir mon contrat, c’est officiel, à partir du 19 septembre moi aussi je pourrai dire « putain j’ai pas envie d’aller bosser » le dimanche soir ! Je vais enfin devenir comme toi !!!

La préfecture

Dimanche 6 mai 2012

J’ai un boulot formidable. Vraiment. Surtout en ce moment, je kiffe mon job. Le milieu ouvert, pour un travailleur social, c’est vraiment l’occasion de découvrir des trucs qu’on ne peut pas appréhender dans d’autres secteurs du métier. Par exemple c’est toujours un bonheur d’arriver le lundi matin la tête dans le seau et d’avoir un message urgent : rappeler le docteur Doc qui t’annonce à 9h04 un lundi matin qu’un gosse de 13 mois a été violé… sous couvert de ?? De ?? Rites religieux ? Mais bien sur… ma semaine attaque génial, j’ai pas envie de tous les tuer ces connards…

Bref. Ca c’est une extrême, c’est pas tous les jours comme ça encore heureux (hé les nouveaux parents ça vous calme hein !!!). Ca me donne aussi l’occasion de découvrir des services de l’administration dans lesquels je n’ai pas encore eu la joie d’aller jusqu’à présent.

Je m’explique. J’ai fait la caf. J’ai pété un plomb. J’ai fait pole emploi, je pense que mon blog est un blog dédié à pole emploi… Mais un service où je ne pouvais pas mettre les pieds et voir toute l’hypocrisie de ce beau pays de France Terre d’Asile (yeaaaah), c’était la pref, service régularisation !! Alors peut être qu’un jour j’y aurai droit, c’est pas comme si les 3/4 de ma famille avait vécu sur le territoire avec une carte de séjour, mais jusqu’à présent, on m’a jamais fait chier.
Bref, j’ai une situation, une petite pepette, 18 ans dans 6 mois, entrée légalement sur le territoire il y a 10 ans (une broutille !!!) sur le passeport de sa mère et qui se retrouve à devoir régulariser sa situation 6 mois avant l’expulsion théorique puisque pas de papiers. Aneffet, dans le droit, dès l’age de 13 ans vous ne pouvez plus apparaître sur le passeport de votre mère (ou père), il vous faut donc le votre. Un conseil, n’attendez pas vos 18 ans d’être expulsable, parce qu’Hercule et ses 12 travaux à côté d’une régularisation, c’est de la pisse de chat. Franchement, c’est plus facile de casser la gueule à Hades que pécho un titre de séjour en france, j’teul dis moi.
Toutefois, une formalité pensais-je. Aaaaaah vous me reconnaissez n’est ce pas ? Mon côté un peu culcul hihihihi coucou lol !!! Qu’est-ce que j’ai pas été déçue !!

Donc concrètement je n’avais rien à foutre à la pref avec cette famille, c’était juste de la curiosité malsaine puisqu’à part ce biais là, j’ai peu de chances d’aller mater le service de régularisation. Donc je me suis tapée l’incruste bien comme il faut « Vous êtes sûre que vous devez venir avec nous ? » « Ouiouioui c’est… la procédure… le protocole… le règlement… BON J’VEUX VENIR MATER OUI ET ALORS ???? ».

Bref, rendez vous est pris avec ma pepette et sa mère à la pref à midi. Alors la pref c’est très simple hein, t’arrives, t’es déjà mis à mal par les barricades posées pour les demandeurs d’asiles qui squattent toute la nuit pour pouvoir passer dès l’ouverture et avant la fermeture des bureaux (9h15, France Terre d’Asile…) et les restes de la nuit passée, à savoir duvets, parapluie (hey cool j’en avais plus) et autres chaises de camping (un geste charitable pour les femmes enceintes… mais non j’ai pas envie de gerber).

Ensuite, tu te tapes avec bonheur l’attente.
Alors t’attends pour prendre un ticket. T’attends que 20 minutes ça va c’est cool. Ce ticket qui se revend à pris d’or dans la rue te permet d’attendre ton passage au seul guichet ouvert.
Attendre…
Attendre…
Attendre…
Dites ça fait 3 heures qu’on attend « OUI BEN FAUT ATTENDRE HEIN !! » ok…. Pas taper… (mal baisée !!!)
Attendre…

Avant de… AAAAAlelujya !!! Passer au guichet !

Et là c’est que du bonheur de l’hypocrisie de notre beau pays de ta mère. Donc ma pepette est venue faire un titre de séjour avec une autorisation de travail. Après tout c’est pas comme si elle en avait déjà un hein (femme de ménage dans un hôtel, penses y la prochaine fois que tu poses tes fesses dans un lit de chaines). Alors elle est arrivée avec tous ses papiers nécessaires pour la régularisation, ce qui représente un dossier épais comme le code pénal. « Dis donc pepette, c’est une radio des poumons ça ? » « oui, c’est pour la tuberculose » « Ouais ok ». Là je commençais à sentir que ça allait être compliqué.

Je ne sais pas par où attaquer tellement il y en a… Que dire… Bon, je pense que les personnes qui bossent dans ce service là de la pref sont punies !! Ou formées à être désagréables et hautaines. C’est juste scandaleux j’avais envie de lui jeter ma chaise dans la tête. Elle a pris le dossier de ma pepette du bout des doigts (on sait jamais, des fois qu’elle ait la malaria), l’a regardé 30 secondes avant de dire « Ca passera pas y a pas de photocopie du passeport, SUIVANT ».

Donc là, pékin lambda, tu ne piges pas, alors je t’explique. Pour certaines catégories de personnes (basanées, voire foncées, roms et autres subtilités sans pognon), pour faire un passeport du pays d’origine (la musulmanie dans le cas qui nous intéresse) il faut… je vous le donne en mille… un titre de séjour ! Et pour faire un titre de séjour il faut donc… la photocopie du passeport ! Tout va bien !
Donc là de simple observatrice qui vient juste se rincer l’oeil de manière malsaine je suis passée à « bonjour, did, travailleuse sociale en charge de pepette sur ordre du juge Juge des Enfants (oui c’est un peu pompeux, mais des fois faut savoir sortir l’artillerie lourde…), vous pouvez m’expliquer comment on va faire le passeport sans titre de séjour ? ».
Et là, joie bonheur, LA réponse qui déchire tout : « Pas mon problème, SUIVANT ! SECURITE ! ».

J’ai donc eu le bonheur d’être escortée à la sortie de la pref par un vigile qui visiblement n’avait pas choisi son métier, et surtout avec une énorme question au-dessus de la tête : comment ça se fait que la pref n’ait pas encore brulé ? Grande question, je n’ai pas encore la réponse.

Alors loin de moi l’idée de dire vive les régularisations massives youpiii !! Juste, j’aimerai bien qu’à un moment donné le pays dans lequel je vis, MON pays, arrête son discours hypocrite d’intégration et de mérite, et qu’il assume que oui, il met tout en oeuvre pour qu’il n’y ait plus aucunes régularisations.
Et surtout mon ami, ta bagnole pourrait bien cramer d’ici peu, et vu l’état de ma pepette à la sortie de la pref, ça pourrait bien être elle.
Son cadeau juste avant de se faire expulser.

France Terre d’Asile, pays de merde !!!

L’errance

Vendredi 23 mars 2012

Enfin un qui me réclame. Piero, tu es mon idole, les autres vous êtes des connards.

Maintenant que le cadre est posé on peut enfin passer aux choses sympathiques. Mais kesse k’il s’est il passé ces derniers mois ? Hé ben l’errance mon pauvre, l’errance. L’errance du travailleur social précisément, et l’impossibilité d’écrire parce que c’est quoi ce gros bordel dans ma tête ? Et pourquoi quand j’écris c’est tout le bordel tout pareil ?

Alors en fait en septembre je bossais comme éduc de jour avec des cassos, et y a rien à faire, moi les cassos et le quotidien, je peux pas j’y arrive pas ça m’emmerde. C’est au delà de ça, je ne comprends pas ce qu’on me demande, il y a trop d’écart entre ce pour quoi j’ai été formée et ce que je vois sur le terrain. Moi pendant 3 ans on m’a dit adaptabilité, souplesse, remise en question et réflexion. Et quand je déboule dans un truc où des gamins sont placés par le juge parce que leur famille c’est trop la merde pour qu’ils y restent (« Alors madame machin, comment s’est passé le we avec votre fille ? Comment ça vous savez pas ? Ah ok la clé était sous le paillasson vous vous étiez en we à Marseille… Ah bon ben s’il y avait du surimi dans le frigo tout va bien alors, c’est vrai que les gamins de 12 ans kiffent le surimi ») et que je me prends la tête avec un éduc parce que j’ai ouvert la salle ping pong à 16h alors que le règlement dit que c’est à partir de 17h ça me fait juste péter les plombs.
Non parce qu’en fait, le plus gros problème quand on bosse en protection de l’enfance, c’est la protection de l’enfance on est d’accord. C’est de la merde. Tout est fait en dépit du bon sens, c’est à se demander si les mecs qui légifèrent ils ont déjà vu un gamin. Mais au delà du système, le deuxième truc le plus con en protection de l’enfance, ce sont les éducs de protection de l’enfance !! Faut être réaliste, on est con comme des barriques quand même. Et le coup de cette putain de salle de ping pong c’est le symptôme, n’empêche que fondamentalement, j’ai jamais compris pourquoi c’était si problématique pour mes collègues de l’ouvrir avant cette putain de salle !! Et à chaque fois je décartonnais parce que la réponse préférée de l’éducateur, quand tu lui poses une question à laquelle il n’a pas de réponses, c’est « c’est écrit dans le règlement ». Oui mais pourquoi ? Ben c’est écrit dans le règlement. Mais c’est quoi le sens ? Ben faut du cadre. Oui mais le cadre et le règlement c’est pas la même chose, alors pourquoi ? Ben c’est le règlement.
Vous voulez être éduc ? Facile, apprenez à dire « oui mais non c’est le règlement ».
Alors comment tenir dans un cadre aussi hostile ? Ben… j’ai pas trouvé. Faut pas rêver, le jour où on comprendra qu’un gamin, la plupart du temps il est violent parce qu’on réussit à le rendre violent, ce jour là la paix règnera dans le monde et on aura plus jamais à travailler. Bisous.

Bref. Après cet épisode difficile, je suis allée me calmer les neurones avec les pimpins. Ben putain ça faisait un bail que j’avais pas bossé avec des pimpins ça fait bizarre. Et j’ai redécouvert un truc, y a pas plus plein d’humour qu’un pimpin ! C’était trop marrant de voir un gamin débouler, me dire « je vais te casser la gueule », lui répondre « Et comment ? T’es handicapé, j’ai qu’à ouvrir la porte et te jeter dans les escaliers. » et m’entendre dire « Ah merde, tu as trouvé mon seul point faible » par un merdeux hilare.
C’est aussi le seul endroit où j’ai pu me pointer, donc fidèle à moi même habillée n’importe comment, à savoir une veste rose pétard et un vernis bleu fluo et m’entendre dire « Lydie (oui c’est mon vrai prénom oui, vous l’oublierez à la fin de ce post) ? Lydie ? Lydie ? Lydie ? Lydie ? Lydie ? Lydie Gaga ? ».
Ils sont étonnants ces petits cons.
Bon là c’est pareil. Je vais fermer ma gueule sur l’(in)compétence des éducs sinon j’en ai pour des plombes. Juste, à la liste de compétences nécessaires pour exercer ce métier, rajoutez « je n’en peux plus je suis fatigué(e) c’est décidé je me mets en arrêt maladie ». Mais surtout ne le faites pas, contentez-vous de le dire. Histoire que ça fasse vraiment chier pour quelque chose.

Et donc là en ce moment je bosse… en protection de l’enfance. Hé oui. Non mais attendez, faut arrêter hein, moi j’ai jamais dit que j’étais cohérente ! J’ai jamais dit que j’étais pas masochiste ! Et j’ai jamais dit que vous me cassiez pas les couilles !! Quoi vous avez rien dit ? De toute façon que vous l’ouvriez ou pas vous me les brisez !! De toute façon vu qu’on est pas vraiment dans des ères sociales où le job d’éduc a la côte, je bosse surtout là où il y a du taf. Et en plus je me paye le luxe de dire « nan l’internat je veux pas » alors que c’est là qu’il y a 90% du taf.
Bref. En ce moment je travaille sur des suivis de familles, ordonnés par le juge des enfants (oh cool !! Mes nouveaux ennemis !!) autour de mineurs en danger. Ce qui me plait dans ce job ? Casser la gueule aux parents. Parce que c’est quand même jouissif de leur dire que je ferai pas le boulot à leur place. Le plus chiant dans ce taf ? Ben… dire à des gamins de 10 ans que oui, leur mère leur a dit qu’elle les aimait pas, et que des fois faut savoir grandir avec des parents en carton…

Et si j’allais vendre des livres ? Boulot de merde, système de con… Sinon ça va chez vous ?

Les entretiens d’embauche

Vendredi 22 juillet 2011

C’est à nouveau la période de recherche de taf. Enfin non c’était le mois dernier mais dans mon métier, la phrase la plus usitée par le personnel de direction est « ouiiiii alors pardon on a pris un peu de retard sur le [choisir le terme adéquat : recrutement - planning - versement des salaires - plan du nouvel établissement]« . Donc résultat j’ai postulé à droite à gauche et là j’ai eu deux entretiens en une semaine.

Alors le premier c’était un peu marrant (mais un peu seulement). C’était dans un truc avec des ado (alleeeez encore les ados tous tarés là tsssss). Donc j’arrive plutôt catégorie pffff en fait c’est pas très grave je m’en fous on verra bien, et surtout avec quelques problèmes capillaires assez visibles. En fait (là je vais vous raconter ma vie de trentenaire et je sais que vous kiffez ça, ma vie qu’on en a absolument rien à péter), donc en fait, il est temps pour moi d’aller chez le coiffeur. Ce que je ne fais pas. Alors le soir après la douche ça va hein, un peu long mais pas trop, la petite mèche devant les yeux à la albator (la cicatrice et le zizi en moins) on dirait presque un playmobile ça va. Le problème c’est le matin, parce que je sais pas comment je dors, mais je sais que mes cheveux ils dorment pareil. Et c’est n’importe quoi ça part dans tous les sens ça défie toutes les lois de l’attraction. Alors je vous vois venir hein, t’as qu’à te coiffer blablabla, passer ta tête sous l’eau blablabla mais non ça me fait chier. J’ai décidé de laisser vivre mes cheveux alors je les laisse vivre.
Donc j’ai fais mes entretiens avec ma coupe à la con. Assumée en plus… Pfffff…

Bref, premier entretien donc avec les ados caves là. Donc facile hein, trois postes, 2 d’internat (ouiiiii youpiiiii sous payée pour finir à 23 heures et bosser un week end sur deux !) et 1 de jour (encore moins payée mais de jour…). Donc j’y vais un peu nature… moi quoi et le premier truc que je me dis en entrant dans le bureau c’est : « PUTAIN DE… Comme il est beau le directeur !!! Un peu petit mais comme il est beau !!! ». Nous conviendrons tous que c’est absolument pas pertinent mais bon…
Bref…
Et le premier truc que me dit le gars c’est « Bon ben punk alors. ». Ce qui me laisse sans voix dans un premier temps et au bout d’un blanc conséquent je lui dis « non mais je me coiffe des fois hein ». Alors il me regarde et me fait « non mais c’est votre tshirt ». Et là je réalise que de toutes les tenues d’assistante sociale, de pouffe, voire même le petit costume cintré qui va bien, j’ai réussi à mettre un tshirt snoopy avec punk écrit en gros dessus. Donc va rebondir là dessus hein, et le seul truc que j’ai trouvé à dire, c’est que snoopy c’est quand même le plus gros punk de tout les temps, bien au delà de sid vicious. Et là le mec se met au fond de son fauteuil, croise les bras (ooops, pas bon signe) et me dit « ha ouais c’est vrai ». Je kiffe ce mec…
Encore et toujours bref. Après un échange sympathique sur comment je casse la gueule aux gamins qui m’emmerdent, comment j’envoie chier mes collègues mais que je les aime bien quand même il me dit « Sans réfléchir, 3 adjectifs pour vous définir ». Heuuuuu… « SANS REFLECHIR J’AI DIT ! » heuuuuu punk bordelique bizarre. Donc là forcément il me regarde et me fait pardon ? « Oui, donc en fait si je réfléchis pas, je dis de la merde, et quand on me dit de pas réfléchir faut pas se plaindre après… »
Tout ça pour dire qu’on m’a proposée le poste de jour pour septembre. Yeaaaah ! A moi les 10-14 ans déscolarisés et donc complètement tarés… Mais de jour. Youhouuu !!!

Et aujourd’hui j’ai eu un entretien totalement inattendu, retour aux pimpins, back to basics. J’ai postulé il y a quelques mois (« oui excusez nous on a pris un peu de retard dans les sélections » c’est pas vrai… ben dis donc… truc de fou hein…) juste par principe, parce qu’ils demandaient 5 ans d’expérience dans le handicap et que j’ai 5 ans d’expérience en problématique sociale. Normal…
Donc j’étais convoquée ce matin et j’ai quand même fait un effort, parce que c’est quand même chiadé le handicap. Non mais vous comprenez ces pauvres petits pimpins faut les plaindre. Alors que ces connards de gamins placés ils l’ont cherché quoi merde ! Et le premier truc que je me suis dit en entrant dans le bureau c’est « PUTAIN ! Comme il est trop laid le directeur ! ». C’est pas pertinent mais c’est vrai hein.
Re re bref… Donc je suis arrivée apprêtée mais avec quand même un sérieux handicap (oh wait ! mais ça pourrait m’aider !!). Non en fait le truc c’est que il y a une instance administrative blindée de protocoles qui gère le handicap. A mon époque (oui… chuis vieille) ça s’appelait la cotorep (c’est dire si ça date). Après ils ont appelé ça la maison des personnes handicapées. Et après, comme il parait qu’être handicapé c’est trop la honte et puis c’est pas vrai surtout, ils ont appelé ça la maison de l’autonomie. Comme ça le handicap n’existe plus, les pimpins vont tous faire un doctorat et les fauteuils vont marcher sur l’eau… Non mais sérieux…
Du coup étant complètement à la ramasse sur l’administratif pimpins, je suis pas sure qu’ils me rappellent… Ce qui est fort dommage, comme c’est rythme scolaire, j’aurai adoré avoir toutes les vacances scolaires… Et finir ma journée à 16h30… PUTAIIIIN !!!

Quel monde de merde quand même…

Ferme ta gueule fils de pute

Jeudi 12 mai 2011

Depuis 6 mois, je bosse avec des familles en difficulté. Je pense que c’est la première fois que je bosse avec un public aussi varié parce que je vois de tout. Mais vraiment de tout. De la nana posée qui galère juste dans l’insertion professionnelle, du papa qui a de gros soucis de santé, du couple qui se met sur la gueule en longueur de journée, de la polonaise qui parle pas un mot de français, de la malade psychique qui s’en sort pas avec ses mômes, de l’endetté à hauteur de 40 000 euros à 20 ans, de la jeune majeure ancienne taularde qui a rien compris à la vie bref l’éventail est large.

Dans ce taf, je découvre les vrais joies de l’insertion. Ou comment toutes les réformes actuelles (pôle emploi, le rsa, la cmu…) sont de véritables fabriques à précarité, misère et exclusion. Genre, j’ai un peu passé 3 semaine à essayer d’inscrire une nana à pôle emploi. Trois semaines… un coup c’était « oui alors pour une inscription il faut appeler les mardis et jeudis après-midis ». Ha bon ? Le mardi c’était « Notre service est actuellement fermé, merci de rappeler ultérieurement ». Ok… Le jeudi c’était « Ha mais pas du tout, c’est le lundi pour les inscriptions ». VOUS VOUS FOUTEZ DE MA GUEULE ????? Avec bien évidemment la maman qui se déplaçait systématiquement pour ça. Pareil pour le RSA, puisque je suis incapable de dire combien les personnes que j’accompagne vont toucher, puisque la caf est pas capable de me répondre. La sécu j’en parle même pas. Bref, la phrase la plus usitée dans mon milieu est « VOUS VOUS FOUTEZ DE MA GUEULE ??? ». C’est funky…

Et dans ma boite, il y a un cdi qui va s’ouvrir en septembre. Alors aujourd’hui, je bossais dans le collectif. Le lieux où les mamans les plus en difficultés sont hébergées. Et en ce moment c’est… comment dire… chaud patate. Il y a 2 clans distincts : les délinquantes d’un côté, les tonchées de l’autre. Mélange explosif, je pense que d’ici ce we, elles se seront mis sur la courge un truc de dingue. Donc en plein milieu de ma matinée au taquet de chez taquet « Hep vous là bas, arrêtez de la traiter de pute, à ce que je sache elle ne fait pas payer ; vous, arrêtez de pleurer comme une madeleine et venez dans le bureau me dire ce qu’il se passe ; vous, arrêtez de gueuler comme un putois sous les fenêtres ; vous, quoi ? non j’appellerai pas pôle emploi NON ! » j’ai eu mon entretien d’embauche…

Et ben c’était un peu funky hein… Parce que passer de « taquet aux aguets » à « calme et détendue » en 10 secondes (le temps de traverser la cour) c’est pas forcément évident.
Donc l’entretien commence, plutôt bien. Faut dire que je tutoie un peu tout le monde hein, mon directeur ma chef l’administratrice ouais tu vas bien cool. Et j’ai eu droit à la question à laquelle j’ai TOUJOURS droit, à savoir : comment, avec un dea en sciences du langage, on se retrouve éduc ? Comme si c’était une tare. Alors j’ai ma réponse bien rodée (ça fait que 5 ans qu’on me pose la question) et de suite derrière l’autre question qui tue, qui doit faire partie du top ten des questions nazes : comment est ce que je mets à profit mon dea et mon métier d’éduc ? Elle me fait délirer cette question… Alors le lien entre les sciences du langage et l’éducation spécialisée ? Je pense qu’un jour je dirai que je suis abonnée à « linguistique et éducation spécialisée » je sais pas je pige pas la question. Toutefois, comme celle là aussi on me la pose à chaque fois, j’ai là aussi un discours bien rodé sur l’accessibilité au langage, parce que pas ou peu de langage = pas de communication = pas d’altérité = axe de travail éducatif. Simple, efficace. Et j’ai voulu illustrer mon propos. J’ai donc parlé d’un jeune que j’ai accompagné, à qui je parlais un jour d’une ferme qu’on devait probablement aller visiter et que ce jeune m’a regardé avec ses yeux de merlan fris et m’a demandé si c’était la belle ferme ta gueule. Très sérieusement. On est d’accord, accessibilité au langage, nulle. De la même façon, j’ai expliqué que pour certains jeunes, fils de pute, ça veut dire bonjour comment allez vous merci le téléphone s’il vous plait et, accessoirement, fils de pute. Là aussi, accessibilité au langage, zéro. Bref, blablabla adaptabilité blablabla développer l’altérité blablabla.

Toutefois vous ne rêvez pas. J’ai réussi à placer ferme ta gueule et fils de pute à mon entretien d’embauche. A mon directeur, ma chef de service et une administratrice, et je l’ai réalisé genre, 6 heures après. A votre avis, ça passe ou ça casse ?

Monde de merde…

l’hommage

Mercredi 7 avril 2010

A mon taf, y a un type, qui s’appelle toujours Punkach hein, depuis le début je le regarde et je me dis « toi mon gars, je vais te croquer sur mon blog ». Mais j’étais obligée d’attendre. Le truc quand on bosse avec des gens tout fracassés, c’est qu’il faut prendre le temps de les aimer pour faire ressortir le beau qui est toujours caché profondément en eux. Très profondément.

Parfois on serait tenté d’avoir pitié.
Putain… il a mon âge et juis donne l’âge de mon père tellement il est abimé…
Parfois on est tenté de vomir.
Putain… ça fait un mois qu’il a pas pris de douche et qu’il a pas changé de fringues j’en peux plus là je vais le braquer faut que ça change.
Parfois, on est tenté de rire.
« Did, est-ce que ma meuf peut prendre une douche ici ? Non parce que quand elle écarte les jambes j’te jure elle pue trop d’la chatte… »
Parfois, on est tenté de se suicider.
« Did en fait avec ma copine on se demandait si t’étais lesbienne parce qu’on ferait bien des trucs avec toi tu vois c’que j’veux dire » (heu… je veux pas savoir… Putain elles habitent dans 15 mètres carré, avec 4 chiens, non définitivement je veux pas savoir).
Parfois, on est tenté de les tarter.
« Vasy Did file le téléphone grouille » « Vasy Punkach tu vas me parler autrement tu m’as pris pour ta secrétaire ou quoi ».

Après, on voit juste ce qu’il y a dessous. Les fragilités, les rigolades, comment ils transmettent la vie qu’ils ont vécu, les dons, l’humour, la dérision. L’amour quoi.

Et ce petit Punkach, je sais pas comment m’y prendre. La seule façon dont je peux le décrire, c’est mi-tique. Mignon. Pathétique. Ou pathé-gnon. Mais c’est quand même moins classe… Ce mec, il est plus jeune que moi, il a plus de dents à cause de la came, il consomme à donf c’est un supermarché de la drogue à lui tout seul. Une goute de son sang et tu tripes pendant 72 heures. Il voit pas l’intérêt de prendre plus d’une douche par mois. Il père 50 kilos tout mouillé. Il tient plus droit on dirait presque qu’il est à bout de force. Il s’est abandonné, il donne le sentiment de ne plus pouvoir exister par lui-même.
Et ça crée des situations mi-tiques (ou pathé-gnonnes). Punkach a 3 chiens. Le truc c’est que Punkach ne promène pas ses chiens. Les chiens promènent Punkach. Et des fois j’ai presque l’impression de voir passer un chien, une laisse, et Punkach au bout, trainé par son… pitt ? Rott ? Staff ? Non… Trainé par son teckel… A bout de force mon petit Punkach.
Il y a peu, l’un des trois chiens de Punkach (une lady en fait) a fait 9 petits chiots. Et la politique de Punkachville c’est « pas de nouveau chien, pas de portée sur les lieux ». Petit Punkach s’est donc vu dans l’obligation de quitter les lieux puisqu’il veut garder la portée jusqu’au sevrage et les donner. Toutefois il est pas exclu, il peut venir nous voir quand il veut, bénéficier des services et tout, mais la portée ne rentre pas. Et le lendemain de la naissance des petiots je vois arriver mon petit Punkach, avec son caddie de carrefour avec la chienne et les chiots dedans (10 en tout…), et ses deux autres chiens attachés à son sac à dos (donc 12 chiens en totalité).
J’ai discuté un moment avec lui pour lui faire comprendre que non, j’allais pas surveiller les chiens sur le trottoir pendant que lui allait vaquer à ses occupations chez lui. Ni que j’allais lui permettre d’utiliser le téléphone sur le trottoir. Je lui ai demandé de caser son caddie contre le mur, de faire ce qu’il avait à faire mais de prendre ses responsabilités. La portée il l’a voulue, il l’assume. Il colle donc son caddie contre le mur en gueulant (BANDE DE CONNAAAAAARDS) et rentre. On fait 4 mètres et là on entend un petit tut tut assez discret. Je me retourne et je peux vous assurer que j’ai vécu quelques secondes dans un monde totalement irréel.
En fait le caddie a glissé, et s’est retrouvé à rouler au milieu de la route, avec Punkach qui essayait de courir après. Je dis bien essayait car son pantalon trop grand pour lui avait glissé sur ses chevilles… Je n’ai pas pu m’empêcher de m’imaginer le caddie percuté par un bus, avec les titres dans la presse le lendemain : « un caddie renversé, 10 morts ».
Mi-tique.

Si je parle d’hommage, c’est parce que ce mec m’a raconté sa vie, ce qu’il avait vécu, par quoi il était passé. Et je peux pas m’empêcher de me dire qu’à sa place, j’aurai claqué il y a longtemps. Et là où je ne peux que l’admirer, c’est que lui il est toujours là, il lâchera pas.

Tu sais quoi mon petit Punkach ? J’te kiffe à donf.

L’entretien d’embauche

Mercredi 30 septembre 2009

Aujourd’hui c’est double dose. Soyons fou. De toute façon je suis au chomage j’ai que ça à foutre raconter des conneries toute la journée sur mon blog.

Donc comme je suis pas toute la journée à me toucher la nouille sur mon canapé (même si j’avoue une bonne partie de l’après-midi est consacrée aux séries (True Blood… Eric… Haaaaa Eric… Hey ! parenthèse dans parenthèse !! Haaaaa Eric…)) je cherche quand même du taf.
Et j’ai décroché un entretien !

Alors c’était un entretien pour un poste en prévention spécialisée. Vous savez, les éducs dans les quartiers. Ben voilà, là. Alors moi la prévention spécialisée j’y connais… attendez je fais le tour… bah… rien en fait… Je n’ai absolument aucune idée du boulot qui peut y être fait, que des représentations, à savoir heu… mmmh… ben territoire qui est la rue, nécessité de faire de la relation avant de renvoyer des trucs peut être un peu désagréable et puis ben dehors quoi. Un éduc de rue chais pas moi bizarrement je vois ça dans la rue.
Enfin bon bref faut que je bosse et puis un entretien c’est toujours ça de pris alors je vais à mon entretien.

Et je vais à mon entretien en décidant à la fois de faire des efforts et à la fois d’être moi-même. Ce qui je pense était une excellente idée à la base si je l’avais prise à l’envers. Je m’explique. J’ai décidé de faire des efforts sur ma tenue vestimentaire et d’être moi-même lors de l’entretien. Donc là c’est ferme et définitif, il faut que j’arrête d’être moi-même comme ça à vau l’eau (oui… je sais… je parle bien…) avec des gens que je ne connais pas et qui pourraient potentiellement être mes chefs.
Bon donc premier truc, les efforts sur l’aspect physique. Attention c’est du lourd. Petit jean de pétasse avec coutures et boutons violets. Petite chemise de sochiol workeuse violette assortie aux coutures du jean (sisisi). Bagouse de perles roses (sisisi aussi). Petit rouge à lèvre violine. Et coiffée pour la première fois depuis 1983. Donc là ceux qui me connaissent en vrai sont morts de rire parce que moi mon look c’est jean pourri, t-shirt pourri, coiffure à la ouaille et ongles rognés jusqu’au sang.
Du coup comme je fais des efforts sur la forme j’en fais pas sur le fond. Alors j’ai évité les gros rots hein, puisque j’avais saisi qu’on séduit pas comme ça. Mais bon, j’ai encore pas mal de boulot, puisque j’ai attaqué direct avec un concours de bite. Moi, toute mon expérience avec les gamins je l’ai faite dans des services d’urgence, qui n’ont rien à voir avec des accueils classiques. Et y a un des mecs qui attaque direct en disant « alors vous avez beaucoup d’expérience en accueil long ». Donc là au lieu de dire « ouiouioui vous êtes le chef » je dis « bah… non, j’ai fait que de l’urgence ! ». Donc là hein s’il avait eu des missiles à la place des yeux je ne serai plus de ce monde… Et il me dit « oui, c’est la même chose hein ». Et là au lieu de répondre « ouiouioui vous êtes le chef » je dis « bah… non, ça a rien à voir ce sont pas du tout les mêmes missions ». Donc là s’il avait eu une arme nucléaire à la place des yeux grinobeul serait rayé de la carte.

Bon pour le reste de l’entretien hein ils m’ont posé des questions auxquelles visiblement j’ai répondu comme une merde. Je pense que j’ai pas compris ce que c’était qu’être éduc de prev. J’ai tout misé sur la nécessité du temps pour entrer en relation avec les gamins puisque comme on est sur leur territoire faut pas arriver avec ses gros sabots genre « hep toi là bas ! mais tu fumes du shit ! c’est interdit arrête tout de suite ! »… Enfin en tout cas c’est un peu comme ça que je voyais le truc quoi.
Mais j’ai bien compris que quand on dit « on vous rappellera », c’est pas bon signe.

Ce qui s’est avéré vrai. Educ de prev… ils veulent pas de moi. Surtout que le poste était pour… vous voyez le pire quartier de grinobeul ? Ben celui encore pire. Du coup j’ai demandé à une pote éduc si elle m’y voyait, et elle m’a dit « oui oui sans problèmes… 4 minutes avant de finir dans une cave ».

Bon, ok, ma vie pourrait être plus à chier que ça, j’aurai pu finir éduc de prev.

La prison

Vendredi 18 septembre 2009

Il y a peu… enfin non il y a longtemps, bien avant de connaitre les joies du chômage non indemnisé, alors que mon chef me disait « dites Did éduc spé diplômée, vous devez 10 heures, alors vous m’accompagnerez à une instance à l’aide sociale à l’enfance (ase) », je me suis rendue à ladite ASE pour une instance concernant un gamin complètement tonché.

Et là, j’ai kiffé. Moi l’ase, je kiffe grave. Alors l’ase, c’est au conseil général. Et le conseil général, c’est dans le super méga quartier d’affaire de grinobeul. Ce qui est logique, tout ce qui a trait au social, c’est quand même normal que ça se retrouve dans le quartier des affaires, juste à côté du world trade center qui ne craint rien des avions puisqu’il ne fait que 4 étages…

Mais je m’égare. rendez-vous donc est pris à 9h30 à l’ase pour ce mioche. Je me pointe donc à 9h10 (hé oui, hé oui, j’ai peur de mon chef je veux pas être à la bourre et je t’emmerde) et là je découvre les joies du conseil général.
Alors comment ça marche le conseil général ? Et bien comme dirait michel chevalet c’est très simple. On se présente d’abord à l’accueil. On dit bonjour, j’ai rendez vous à l’ase pour une instance. Jusque là, tout est normal, j’ai le contrôle total sur ma vie et sur la situation tout va bien. La nana de l’accueil (fort désagréable au demeurant) me demande logiquement pourquoi. Donc là je réalise que je suis une professionnelle de merde puisque je ne connais rien de la situation, je connais même pas le nom du gamin. Je fais donc ce que n’importe quel sochiol weurkeur ferait, je meuble à grands coups « oui c’est pour un enfant de 5 ans, une instance, situation préoccupante blablabla » avec ma petite chemise de travailleuse sociale qu’on croirait que je suis une assistante sociale. La nana regarde son cahier et me dit « ha oui, c’est à la protection maternelle et infantile, 7ème étage sur la droite » et me file un badge.

Okkkk, donc pour rentrer au conseil général (là où ils reçoivent tous les bénéficiaires du rsa hein) il faut… un badge. Plus rien ne m’étonne.
Je prends donc mon badge, direction les ascenseurs et hop 7ème. Et là… rien. Okkkk…. tout va bien, je suis zen, j’ai pas envie de me prendre la tête et surtout j’ai pas envie de m’énerver et de me retrouver avec des auréoles sur ma super chemise de sochiol weurkeur. Je vois à ce moment là le petit machin pour le badge.
Le conseil général, c’est donc un endroit où on peut pas prendre l’ascenseur sans badge… Plus rien ne m’étonne. Je passe donc mon badge et je monte au septième.

Là je me retrouve dans un hall avec ase à gauche et pmi à droite. Comme la c***** de l’accueil m’a dit pmi ben je vais à la pmi. Je passe mon badge à la porte et là… rien. Je repasse mon badge… rien, que dalle nicht niet podzob. Là je sens que ma patience illimitée pourrait s’avérer limitée. Mais je persiste et je décide d’utiliser toutes mes facultés intellectuelles pour gruger. Je profite donc d’une meuf qui rentre et qui a un badge qui marche, elle (t’as sucé qui pour qu’il marche ton badge hein ???) pour rentrer ! Enfin dedans ! Il est 9h20, 10 minutes pour faire 7 étages et passer une porte je sens que ma petite chemise ne tiendra pas un régime aussi dur très longtemps.
Je me retrouve donc dans un couloir avec des gens qui courent partout et qui font pffffff à tout va. Bon… je vais faire quelques pas on verra bien. La nana avec qui je suis rentrée me regarde en souriant et me dit « on est là pour la même situation non ? ». Si tu le dis, c’est que ça doit être le cas. Arrivée dans la salle de réunion je me rends compte qu’en fait pas du tout puisque je demande si Chef mon chef est arrivé et qu’on me répond « qui ça ???? connait pas… ».
Okkkk, donc je m’éclipse presque discrètement (ILS COMMENCENT A ME FAIRE CHIER CES CONNARDS A BADGE !!!!) pour retourner dans le hall du 7ème et aller à l’ase. Je me retrouve donc devant la porte de la pmi et là je réalise que… La putain de ta race la puta de ta madre c’est pas vrai ils se foutent de la gueule du monde faut un badge pour sortir aussi ??? Et bien évidemment mon badge ne marche pas !!!!

Je soudoie donc un type qui passe avec un badge autour de son cou (tu m’ouvres ou je balance que tu gruges les rtt, ce dont je n’avais aucune preuve mais comme c’était vraisemblablement un fonctionnaire hein…) qui m’ouvre gentiment (pas mordre madame… vous avez vu que vous avez des auréoles sous les br… TA GUEULE !!!). Je traverse ce hall de merde et je badge à l’ase où, bien évidemment, ça ne s’ouvre pas…

Je me mets donc à pleurer et à appeler mon chef au téléphone qui est en train de se garer pour lui expliquer que c’est plus facile de s’échapper de taule que de rentrer à l’ase et que je suis bloquée à CE PUTAIN DE 7ème ETAGE DE MERDE QUE JE POURRAI JAMAIS SORTIR NI ENTRER NULLE PART HAAAAAAAAAAA.
Ca l’a beaucoup fait rire puisque lui aussi est toujours bloqué…
Bon bref à 10h on entre enfin à l’ase, suant comme des porcs, prêt à arracher la gueule au premier sourire de travers.

Ce qui me fait beaucoup rire dans cette situation, c’est que le lendemain aux infos j’ai entendu qu’un type s’était évadé de taule dans un carton. Et j’ai beau réfléchir depuis, essayer de m’imaginer comment ENTRER à l’ase dans un carton et sans badge, sans un complice à l’intérieur, je ne vois pas…

Et tout ça, c’est juste l’aide sociale… Et après on va me dire que meuuuuh non la vie c’est pas de la merde pourquoi t’es énervée comme ça ?
Tas de cons !!!

La discrétion

Mercredi 20 mai 2009

Raté…

Y a pas très longtemps on a passé un diplome blanc, dans les conditions réelles blablabla tout comme le jour J (qui n’est que dans… 7 jours… ho ça va, une semaine pour réviser 3 ans de cours tout va bien… enfin réviser… viser serait un terme peut être plus approprié mais bon…). Donc diplome blanc dans les conditions du jour j et donc… anonyme. Il fallait choisir un pseudo pour garantir notre anonymat.
Et bien évidemment j’ai choisi mon pseudo hihihi ça m’a fait rire, je voulais montrer au correcteur combien j’aimais les enfants. Et c’est vrai, j’aime les enfants.

Mais je pensais connement que cette intimité si particulière serait un peu entre mon correcteur et moi. Une sorte d’histoire qui reste dans les bas fonds de la formation et qui ressort juste sous forme de « un jour y a quand même un con qui a pris ça comme nom » dans quelques années, avec les formateurs qui racontent les histoires de guerre aux petits nouveaux futurs éducs plein d’espoir dans le social.

Je ne m’attendais pas vraiment à entendre, au micro, devant 80 personnes, « Michel Fourniret peut il venir chercher sa copie ? ».

Et meeeerde… levée…
Et que répondre à ça ? Et bien à part « non moi c’est michelle, E-2L-E à la fin, j’adore les enfants », je n’ai pas trouvé.

Pour le diplome, mon nom sera mon numéro de convocation. Ca me va ! Ok, c’est bon je prends ! Non parce que sinon c’était Kim Jong Ill. Pour montrer combien j’aime les gens…

La culpabilité (et la bonne année)

Samedi 17 janvier 2009

Dans une semaine je finis mon stage. Je pense que j’ai jamais autant souffert de toute ma vie.

Au fond ça remet les pendules à l’heure. Non pas que ça remette en cause les merdes que j’ai pu traverser, la décadence dans laquelle j’ai pu tomber, la déconstruction, la douleur. Non, c’est là, ça fait partie de moi, au fond ça a même fini par me construire, par faire celle que je suis aujourd’hui et qui finalement ne me déplait pas tant que ça.

Je finis mon stage avec le sentiment d’avoir vu toute la misère de mon pays dans les yeux, les inégalités, les injustices, la souffrance la souffrance la souffrance et la mort. Je reste lucide, je n’en ai vu qu’une infime partie.
Je finis mon stage malheureuse. Malheureuse de partir, malheureuse d’avoir passé du temps à dire à des clandos dans des états physiques même pas pensable « ha oui mais vous savez le problème c’est que la France a pas de problèmes diplomatiques avec la guinée, donc en gros non vous aurez pas de droit d’asile… oui vous avez été vendue par votre père contre 4 chèvres (bon prix au passage) à un vieux dégueulasse, excisée, violée oui… je dois juste vous remettre dans le réel. ».

Malheureuse de ne plus entendre qu’ils me font confiance, de ne plus entendre merci d’être ce que tu es. Malheureuse de ne plus pouvoir me dire qu’ils me gonflent ces gros cons de clodos qui crèvent sans qu’on les voit, malheureuse de ne plus pouvoir me dire que, putain, qu’est ce que je les aime !

Toutefois je n’oublie pas les fondamentaux, jamais. Souvent j’ai les boules parce qu’ils me foutent les boules ! Ainsi, la semaine dernière je vais tranquillement faire les soldes. Ho oui vasy j’ai adoré ça, cramé ma cb pour exister raaaah lovely !!!! Par contre j’ai pas du tout aimé le coup du retour dans le tram.
J’ai croisé un moldave (alors c’est où la moldavie…) qui vient là où je bosse. La vie de merde de chez vie de merde. Genre… une famille, et même un bébé, à la rue, pas de fric, rien. et donc mon petit clodave (clodo moldave… quoi c’est de mauvais gout ??) me voit et me remet ! Alors en général dans ces cas là on est à l’abri. Les gens qui font la manche ne tapent pas les travailleurs sociaux qui bossent avec eux. Question de principe.
Sauf pour les clodaves désespérés.

Donc je suis dans le tram avec mes sacs des galeries lafayeeeeeette, mes sacs étaaaaaam, ma conso, mon capitalisme oui ! Donc il me voit et me fonce dessus avec ses petits papiers qu’il distribue pour expliquer sa situation et essayer de gratter une thune ou deux. On discute et il m’explique que « pas couches pour la bébé ». Je lui propose d’aller aux restos du coeur bébés, mais comme sa gosse a plus d’un an… Et en me disant ça, il matait mes sacs avec insistance…
Il me laisse son petit papier et se casse dans le tram, en matant bien mes sacs.

J’arrive à mon arrêt, heureuse de chez heureuse parce qu’il n’a pas eu le temps de revenir. Je descends donc heureuse, j’aurai pas à lui dire que non, je vais pas lui filer de fric. J’ai un grand sourire, mes sacs frétillent, ma cb brule encore, limite elle m’en redemanderait la coquine…
Et là, horreur malheur… Il est descendu au même arrêt que moi et me saute dessus en matant toujours mes sacs. Et bien évidemment j’ai droit à mon petit « petite pièce pour la bébé, vient avec moi acheter couches pour la bébé »… les yeux sur mes putains de sacs de la chatte à ta mère !!!!

Donc, là dans ma tête ça se joue à peu prés comme ça : « HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA MAIS CONNARD ENFOIRE HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA OUI JE CONSOMME OUI JE CLAQUE DU FRIC SUR DES TRUCS QUI SONT PAS DE PREMIERE NECESSITE OUI !!!!! HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA ET T’AS PAS LE DROIT DE ME CULPABILISER PARCE QUE J’AI PAS UNE VIE DE MERDE !!!!! HAAAAAAAAAAAAAAA ».
Dans ma bouche, ça c’est joué à peu prés comme ça : « Non… désolée… »

Le pire c’est que ce connard il s’est tiré en me disant « ci pas grave la madame, la bébé ci pas grave, et la bonne année la madame ». Et en matant mes sacs le con.

HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!!!! Il me souhaite la bonne année en plus ! Et la santé connard !!! En même temps c’est cool, parce que j’ai pas sa vie de merde, mais pour que ça tombe sur ma gueule j’ai quand même une bonne vie de merde. Et ça me fait toujours autant de bien de le dire…

Ouais hein ! Bonne année, et la santé bande de sagouins !