L’histoire est inracontable. D’une part elle est complexe, d’autre part elle se divise en de nombreux segments qui finissent tous par entrer en collision durant le film. Il faut savoir qu’il s’agit ici d’un duo formé par deux hommes qui tente d’échapper et/ou de régler leur compte à des tueurs hispaniques. Maintenant place à l’action.
Time and Tide est à mon sens LE chef d’oeuvre du cinéma d’action pure. A coup sûr, vous n’avez jamais vu un film d’action aussi moderne, aussi inventif dans sa mise en scène, aussi speed, aussi dynamique et aussi profond dans ses personnages et notamment dans ses seconds rôles.
Jusqu’ici on pouvait citer le Hard-Boiled de John Woo en terme de référence (A toute épreuve de par chez nous, désolé pour ce moment d’élitisme de merde), mais que dire quand on le compare à Time and Tide !!! Là où à A toute épreuve contentait d’aligner les séquences de gunfights entrecoupés de scènes de bla-bla ultra-chiantes et ultra-nulles, Time and Tide explose les conventions du genre en instaurant de vrais relations entre les personnages, en densifiant leurs caractères, en accordant de la place à leur psychologie, et tout simplement en faisant montre d’une finesse et d’une intelligence à toute épreuve (haha) ! Enfin on pourra être fier d’un film d’action, d’un vrai, à tous les niveaux !
Soyons clair : quand je dis que Time and Tide est moderne, c’est vraiment que Tsui Hark nous propose un film hors du commun, extraterrestre j’ai envie de dire. "Une façon de filmer en avance sur son temps" étayait un autochtone. Les séquences de combat et fusillades sont d’une fluidité, d’une légèreté et d’un dynamisme à faire bander le plus blasé des cinéphiles. Tous les éléments du décor sont mis à contribution. A un moment le héros doit empêcher un tueur déjà posté et braquant son pistolet sur sa cible de faire feu ; il court vers lui, va trop vite, glisse, se rétame par terre, balance sa chaussure dans la tronche du tueur, se jette sur lui, se balance par terre avec... on sent une véritable grâce habitant la caméra qu’il est difficile de décrire ici, mais réllement hyper-enthousiasmante.
Je citerai aussi les nombreuses idées de mise en scène : un combat d’une extrême violence peut très bien bénéficier d’un montage saccadé avec atténuation des effets sonores, la course poursuite dans la descente d’un escalier peut donner lieu à une course de la caméra totalement délirante... la séquence du début est impressionnante également : des soldats sont piégés à lintérieur d’un petit complexe et sont fusillés un à un par des ennemis invisibles. A ce moment la caméra semble comme s’être approprié les lieux et virevolete au gré d’un étranglement, d’une rafale de fusil à pompe... toujours avec une légèreté peu commune. On ressent donc une modernité formidable dans la mise en scène.
Deuxième atout du film, et de taille : ses personnages féminins. C’est l’occasion pour le réalisateur de réaliser quelques scènes de la vie quotidienne très profondes, et très bien jouées par les deux actrices, et qui nécessiteront de visionner le film au moins 2 fois pour être bien perçues, tant le maëlstrom d’images déversées à l’écran est rapide et presque incompréhensible la première fois. On ressent dans ce film une grande finesse dans l’étude des personnages, et cela donne un cachet de qualité tout particulier à Time and Tide, représentatif d’un genre qui d’habitude s’intéresse uniquement au bourrinisme pur et dur.
Les musiques sont elles aussi très bien, certaines appuyant avec beaucoup de volupté les scènes les plus intimes, le film se veut en lui-même comme une petite ode sans prétention sur l’homme et la femme, à leur difficulté pour vivre ensemble, mais aussi aux merveilleuses choses que leur union peut faire naître. Un film dont on ressort le sourire aux lèvres, à voir et à revoir.




