Assis dans le train qui me ramenait je n’arrivais pas à m’assoupir. Je savais que le NON venait de l’emporter avec environ 55% des voix. Jack Johnson chantait à mes oreilles :
You win
It’s your show now
So what’s it gonna be...
What’s it gonna be ? Bonne question mon pote.
Je suis rentré, j’ai allumé la radio. Rien de nouveau sous soleil. J’avais l’impression de revivre le 21 avril. Que ce soit à travers le sentiment de dépit qui me traversait ou que ce soit à travers les discours des femmes et des hommes politiques qu’on interrogeait à chaud.
Comme lors du 21 avril j’écoutais l’extrême gauche dire que c’était l’occasion pour eux de tout faire péter ( ?). _ J’écoutais la droite dire qu’ils avaient entendu, qu’ils avaient compris et que promis ça allait changer.J’écoutais le PS tergiverser sur les causes de ce marasme. J’écoutais l’extrême droite appeler Chirac à démissionner. J’écoutais Chirac dans sa tour d’ivoire nous dire qu’il nous la remettrait bien profond dans le cul.
J’étais en plein 21 avril.
Marie Georges avait bu ou alors c’était l’émotion ou alors c’était les deux. Mais quand elle a parlé j’ai rien compris à son discours braillé, inarticulé, creux, enfantin.
Arlette était sobre, la forme de son discours aussi. Le contenu un peu moins. Les français avait pris la main avec ce referendum, il fallait la garder. OK cocotte, va assiéger l’Elysée, on te rejoint.
Emmanuelli bricolait une liaison depuis son fief des Landes pour nous dire qu’on faisait avec ce qu’on avait parce que « forcément on avait pas les moyens de l’UMP ». Encore une victime. Pauvre Henri je n’arrive pas à croire que tu es pu sombrer à ce point dans le populisme.
Populisme n.m. 1. Attitude politique considérant à se réclamer du peuple, de ses aspirations profondes, de sa défense contre les divers torts qui lui sont faits. En France on pourrait aussi appeler ça du Poujadisme.
Le populisme donc... On en avait d’abord parler avec l’Autriche. Puis avec le Danemark. puis avec l’Italie. Et puis avec d’autres encore. J’avais réfléchis à l’époque comment le populisme pouvait creuser son trou en France. Simplement et bêtement, je m’étais braqué sur le FN et je n’y avais pas cru, ce dernier étant essentiellement nationaliste. Ce referendum aura mis en lumière ce qui couvait depuis un moment maintenant : la porte d’entrée du populisme se trouve à l’extrême gauche. On l’a vu. On l’a entendu. Trop de chômage, trop de perte de pouvoir d’achat, trop de précarité, trop de dumping social ? Pas de panique l’extrême gauche s’en charge. Et pas la peine de trouver des idées constructives, il suffira de faire saliver. Ce matin encore je voyais une affiche du PCF qui disait "300€ pour toutes les familles tout de suite !". Ok... qui serait contre recevoir 300€ tout de suite ? Maintenant quels sont les français qui vont se demander si cette mesure est réalisable ? Populisme quand tu nous tiens...
Coïncidence du calendrier, les Suisses sont en plein débat européen pour savoir s’ils doivent voter OUI ou NON au traité de Schengen/Dublin. Et re-coïncidence, il se trouve que la Suisse est quand même le pays populiste par excellence avec le parti de l’UDC (SVP pour nos amis germanophones) et a sa tête, j’ai nommé le charismatique milliardaire : mister Blocher !
L’occasion était trop belle pour ne pas comparer les deux campagnes électorales. Et je n’ai pas été déçu. Enfin... un peu angoissé quand même.
J’ai compris comment Blocher avait fait pour gagner la tête du pays. C’est bien simple, l’UDC c’est un mixe de notre extrême gauche populiste et de notre extrême droite nationaliste. Dans leurs tracts contre le traité de Schengen on retrouve les mêmes arguments que le FN : perte de notre souveraineté, des étrangers partout et des criminels par wagon ; et puis les mêmes arguments que le PCF : dumping social, hausse du chômage, le tout agrémenter de quelques statistiques et graphiques qui vont dans le sens du poil et qui font bien peur. Et puis on enfonce le clou avec des affiches bien percutantes. Et le tour est joué.

Pendant la campagne, les partisans du OUI disaient que ça serait bien marrant de voir à la table des négociations le FN, les royalistes, le PCF, LCR et compagnie. Et bien moi j’y crois. L’UDC en Suisse c’est un mélange de ça. Alors évidemment on ne va pas voir demain Marie-Georges faire la bise a Jean-marie et lui proposer une alliance. Mais on pourrait bien voir dans les années qui viennent un petit malin qui reprendra le discours de tout ce petit monde, et leurs voix à l’occasion.
Pendant le débat ces dernières semaines, certains on insister sur leur droit de rêver. J’ai souligné que cette conduite était dangereuse. Je le redis aujourd’hui : voter pour le rêve c’est voter pour le mensonge. Et voter pour le mensonge c’est voter pour le populisme.
Le 29 mai le NON est passé. Chirac en a tiré les conséquences : il a nommé Villepin premier ministre et Sarkozy ministre de l’intérieur. Un changement comme on les aime en France. Quant à la gauche du NON ils gesticulent encore pour montrer qu’ils n’avaient pas mentis et que maintenant la renégociation du TCE leur appartient.
Qu’on le veuille ou non, les 50% de NON qui ont voté contre le gouvernement se satisferont de ça, oublieront et retourneront à leur morne vie. Rien ne sera réglé. Le malaise sera toujours persistant. On dit Chirac perdant, mais Chirac a gagné. Il a gagné à diviser le PS qui depuis les élections régionales était dans une logique de victoire. Et je prédis qu’en 2007, au second tour on retrouvera l’UMP face à un parti extrême (droite ou gauche). Et je prédis que l’UMP repassera haut la main.
Vous vouliez un vote rebelle pour du changement, vous allez en reprendre pour 5 ans. Comme un certain 21 avril.
Et pendant ce temps l’Europe n’existe plus, comme elle n’a jamais été existante dans la campagne.
A mes oreilles encore, Jack Johnson chantonne
Well it’s bad, getting worse
Okay, whatever you say
Wrong and resolute but in the mood to obey
Station to station desensitizing the Nation...

