Le film se présente au départ comme un film policier classique. Enquête sur un meurtre, inspecteur frimeur qui mâche constamment un chewing-gum, bref une tête à claques, ça démarre pas vraiment sur les chapeaux de roue même si la mise en scène reste soignée et l’intrigue bien rythmée. C’est en s’enfonçant peu à peu dans le film qu’on découvre sa véritable ambition.
Et quelle ambition mes amis ! Sur le papier elle est simple : broder une intrigue policière contemporaine à une histoire d’amour ancrée dans le passé. Mais c’est dans sa réalisation qu’elle va se trouvée sublimée : le récit mèle et met en parallèle flash-back historique et enquête, alterne scènes d’action, scène romantiques, scènes historique avec un brio et une originalité que j’ai rarement vus.
L’inspecteur Ho enquête sur l’homicide de Yang. En remontant la filière du meurtre, il découvre un vieux journal intime dans le coffre d’un ami d’enfance de la victime. Ho se plonge dans le passé et commence à percevoir les racines du crime dans un récit datant d’il y a 50 ans, au moment de la guerre de Corée...
On lorgne du côté de Shiri - un de mes films cultes : une histoire d’amour réellement poignante (oui j’ai pleuré, et pas qu’à la fin), des scènes d’actions vivifiées par un souffle épique (je pense à des prisonniers communistes s’évadant d’un camp de Corée du Sud, courant dans la boue et faisant feu au ralenti, tout en étant porté par un choeur de violons qui file la chair de poule tellement c’est trop beau), et une dimension politique et historique. Il s’agit de filmer des heures de l’histoire de Corée qui ne comptent pas parmi les meilleures, et la guerre dans sa plus pure définition, loin d’être à son avantage, brisant des vies entières, des rêves d’hommes et de femmes, et plongeant un pays dans la tourmente (cf. Shiri).
La romance, elle, est formidable. Pour une fois on a pas droit à deux canons stéréotypés comme on nous en sort à outrance dans les fictions américaines, genre Brad Pitt et Jennifer Aniston (ou Tom Cruise et Angelina Jolie, m’enfin, voyez de quoi je parle, quoi), qui se livrent à une amourette qui n’en a que le nom. Non, ici on partage le destin de personnes "normales", si je puis dire, un homme et une femme qui s’aiment, tout simplement, qui trouvent un plaisir immense à se trouver en compagnie l’un de l’autre. Il ne s’agit pas ici d’une passion physique, d’une attirance animale entre les deux protagonistes (ce qu’on voit la plupart du temps) mais d’une longue et belle histoire d’amour, l’amour le vrai, l’humain, pas celui que partage ton chien avec celui de ta voisine. Je n’ai vu une telle franchise, une telle démonstration de vrais sentiments que dans le cinéma coréen, qu’on accuse souvent de piller le cinéma occidental.
Et bien moi aujourd’hui je le dis, le cinéma coréen sait, mieux que quiconque, mieux que les Américains, les Européens, les Chinois ou les Japonais, mettre en scène des histoires d’amour touchantes. Bon bien sûr j’ai pas vu tous les films du monde, mais je pense quand même sincèrement que c’est en effet le cas.
Le film est porté par une bande originale de grande classe, qui tirera les larmes des plus réticents, sans pour autant maximiser le pathos. Quelle équilibre. Quelle grâce.
Ce film mérite beaucoup d’éloges. Je vous incite fortement à le découvrir, et bien qu’il ne dispose du budget d’un Shiri (très grande réussite du cinéma coréen également, d’ailleurs le deuxième film à avoir le plus cartonné chez eux), il est certainement aussi émouvant. Pour la justesse des interprètes, pour le rythme, pour la musique, pour le souffle épique des scènes d’action, et enfin pour admirer et vibrer à une belle romance comme on en voit si peu souvent.

