Alors maintenant, tout les monde est sur fesse-bouc. Les parents y rejoignent leurs ados, le patron ses salariés, le prof ses élèves, le curé ses pénitentes, le meunier son fils et l’âne. L’individu contemporain (comptant pour rien), que philosophes et sociologues nous disent épris d’autonomie et de liberté, est libre de faire comme tout le monde est d’aller se mettre tout nu dans le même bain. Ah m’objecte-t-on, mais tu ne donnes que les informations que tu veux ! Ca alors ! Il ne manquerait plus que d’être obligé...
J’ai voulu aller voir comment ça se présentait. Le problème, c’est que pour voir justement, il faut d’abord et déjà être inscrit. Et moi je n’aime guère ce système de portes qui se referment derrière moi. "Mais c’est pas grave !" me jure-t-on. Fesse-bouc, en effet, est recruteur. Chaque affilié devient prosélyte. Déjà deux personnes m’ont fait savoir que je comptais au nombre de leurs "amis" sur fesse-bouc. Ca se présente comment, être un ami de quelqu’un sur fesse-bouc, quand on n’y est pas soi-même ? Mystère...
En tout cas ça semble marcher. Les gens sur fesse-bouc, ils ont 357 amis. Ca leur prend des heures. Le fait est que j’en ai moins que ça, moi, des amis. Et je n’ai déjà pas assez de temps pour eux. Depuis combien de semaines je n’ai pas rappelé Marc, Clémence ou Patrick ? Alors, si j’en avais 357 !! D’ailleurs je n’ai aucune envie particulière d’être l’ami d’un tas de gens que je ne connais pas. On n’a pas gardé les cochons ensemble après tout. Ni fessé le bouc. Je connais aussi des gens qui sont des contestataires du monde tel qu’il est (disent-ils). Ils dénoncent les banques, le capitalisme, le règne de la marchandise, la mondialisation, la télé, le système policier Edvige. Ce sont des guérilleros urbains. Des rebelles. Ils dénoncent meme le collectivisme et le totalitarisme. Ils ont tous lu "La Ferme et les animaux" (disent-ils). Eh bien, ils sont tous sur fesse-bouc. Là, ils obéissent, ces irréductibles. Sans se poser de questions. Et sans se demander à quoi. (La soumission à la technique est la première donnée sociale. C’est pourquoi on préfère le taire...)
Au reste, ils y’a 30 ans, je me suis déjà inscrit sur un autre site, qui s’appelait la vraie vie. Là aussi, on me jurait que c’était gratuit, que c’était facile, qu’on allait me montrer, que j’aurais plein d’amis, etc. Je me suis laissé tenter. Je dire que depuis, ça m’occupe pas mal. Mes jours, mes nuits. Alors je crois que je n’ai pas vraiment le temps d’aller sur fesse-bouc, désolé.
Article inspiré de François Taillandier, l’Humanité du jeudi 30 octobre 2008. François j’ai pris ton article en copyleft (gauche d’auteur), j’ai fait quelques modifs, mais l’esprit reste le même. Merci à toi. Conseil aux moutons : Abonner vous à l’Huma pour voir la vie autrement :)