Deadwwod se trouve en plein territoire indien, dans le Dakota du sud (les fans de Lorenzo Lamas sauront de quoi je parle). L’histoire débute en 1876, un peu avant la victoire de l’armée contre les américains d’origine. Un petit camp s’est formé autour de riches filons d’or, composé essentiellement de quelques bicoques et du saloon The Gem, tenu par Al Swearengen. Des gens venus de tout le pays affluent à Deadwood, pour faire fortune ou juste dans l’espoir d’un nouveau départ, dans cette zone de non-droit ; Wild Bill Hickock, tireur légendaire et joueur de poker invétéré ; Seth Bullock et son ami Sol Star, abandonnant leurs rôles de marshall pour ouvrir une quincaillerie ; Alma Garret et son mari, un couple de bourgeois récemment mariés, désireux d’investir dans une mine prospère ; et bien d’autres qui arriveront au fil des épisodes...
La première saison pose l’ambiance, présente les protagonistes et s’intéresse beaucoup au personnage de Wild Bill Hickock ; la seconde nous plonge dans les manipulations politiques, le camp devant bientôt être rattaché à un des états voisins, et nos braves colons ne voulant pas être dépouillés de leur mines ou de leur commerce dans le processus ; la dernière saison place le camp en grande difficulté suite à l’arrivée de George Hearth, richissime chercheur d’or aux méthodes un peu... rudes.
Au premier abord, on pourrait prendre cette série pour un western ; je n’ai pas une très grande connaissance du genre, mais je pense que Deadwood est bien plus éloquente quand au quotidien des hommes et des femmes de cette époque ; ici, malgré des personnages hauts en couleur, point de duel chevaleresque ; on passe plus de temps à boire du wisky qu’à faire briller son colt ; pas de héros tout blanc ni de méchant tout noir ; les morts sont souvent égorgés ou abattus par derrière ; les putains se prennent des branlées à la moindre incartade ; la rue principale est un mélange de boue et de merde ; tout le monde jure ; les politiques acceptent les pots de vins sans rechigner, et l’ambiance générale est très sombre. La fresque dépeinte au travers des 36 épisodes de cette série nous présente toutes les couches de la société américaine à l’époque de la ruée vers l’or : mineurs, bandits, sherif, putes, journalistes, joueurs, palefrenier, politique, bourgeois, noirs et chinois... Tous ces thèmes sont abordés avec finesse et justesse ; personnellement, j’ai trouvé la série particulièrement intéressante et toujours d’actualité sur sa manière d’aborder le racisme et la prostitution.
Au delà du thème abordé, c’est son casting qui fait de Deadwood un petit bijou parmi la pléthore de séries agréables à regarder produites chaque année, et qui pour moi la place sur un pied d’égalité avec The Wire ou The Sopranos. Les personnages principaux sont intéressants ; Bullock, avec son caractère impulsif, son sens de l’honneur exacerbé et sa vocation de justicier est interprété par Timothy Olyphant, dont la principale qualité d’acteur est d’avoir un regard des plus significatifs (on s’en lasse, hélas) ; mais surtout Al, joué avec maestria par Ian McShane : propriétaire du saloon et bordel le Gem, gérant d’une poigne de fer la pègre locale, il semble au départ le parfait méchant, dégageant un magnétisme, une aura maléfique assez exceptionnelle ; et il se révèlera au fil de la série bien plus profond qu’on aurait pu le croire au démarrage. Au delà de ces deux personnages emblématiques, une foule de personnages secondaires viennent se greffer à la série, tous fignolés dans les moindres détails, tous interprétés avec brio : le doc, indispensable au camp, tentant de rester neutre tant que sa morale n’en souffre pas trop ; Trixie, prostituée au Gem, qui entretien une relation ambivalente avec son mac ; E.B Farnum, probablement le personnage le plus lâche, gluant, suintant la petitesse jamais créé ; l’handicapée, personnage on ne peut plus secondaire qui finit par avoir toute notre sympathie ; Dan et Johnny, les compères de Al, alias brutus et stupide ; Alma Garett, bourgeoise bien élevée et terriblement séduisante, qui n’aura pas la vie facile à Deadwood ; Wu, le chinois qui pour seul mot d’anglais connait Cocksucker, et qui malgré tout a toute notre sympathie ; et tant d’autres qu’il faudrait des heures pour les lister ici...
Que dire d’autre sur Deadwood ? La réalisation est exceptionnelle, les costumes et décors, le générique, bluffants. Les dialogues sont truculents (attention toutefois à mes lecteurs désireux de s’en prendre au Grand Capital ; les sous titres téléchargeables ne font pas réellement honneur aux dialogues, coupant souvent dans le vif des tirades mémorables). Le scénario tient la route dans l’ensemble, même si certains revirements sont un peu rapides ou capilotractés. Mon seul regret ? Qu’ HBO aie interrompue la série sans nous offrir une fin digne de ce nom, la saison 3 se terminant avec beaucoup de questions en suspens. Pour autant, ne vous privez pas d’une visite à Deadwood, vous passeriez à côté des meilleurs personnages de série jamais créés.
You loopy cunt !





