La plupart des personnes ici connaissent mon opinion sur le premier Battle Royale, et sont au courant de la passion que je voue à ce chef d’oeuvre. Pour moi, la franchise Battle Royale, que ce soit le premier ou le deuxième film, répond à une caractéristique bien précise : c’est un matériau formidable de réflexions, ouvert à une multitude d’interprétations. J’ai honnêtement le sentiment quand je me penche sur un Battle Royale de me trouver au-dessus d’un ciel infini de messages et de non-dits, de pensées qui s’entrelacent et reliées par un fil conducteur noué d’espoir et de foi en la jeunesse et en ce qu’elle représente de plus beau et de plus noble. Oui, pour moi Battle Royale a le pouvoir d’inciter à la philosophie.
Je pense que les deux films laissent libre cours à l’imagination et aux interprétations des spectateurs par leur aspect hautement métaphorique et par leur sagesse à ne pas imposer trop explicitement quelque thèse que ce soit. Même si ce dernier point est moins vérifié dans BR2, il reste d’actualité, et c’est encore une fois avec la tête dans les étoiles que j’ai achevé ma vision du métrage.
Dans ce texte, je vais tenter d’une part d’analyser le film d’un point de vue technique, classiquement, et d’autre part de relater de la manière la plus explicite possible mes différentes interprétations du film.
Même longtemps après ma dernière vision du film, je réfléchis encore souvent à BR2. Je vais tâcher ici d’oublier le moins d’éléments possibles qui m’ont un jour ou l’autre traversé l’esprit.
Battle Royale II se présente comme une suite plus ou moins directe du premier volet. A la fin de BR1, Shuya et Noriko étaient parvenus à s’échapper de l’île et ainsi survivre à la session de Battle Royale dont elle était le théâtre. Cependant, c’était dans l’illégalité qu’ils devaient vivre à présent, et de plus poursuivis pour le meurtre du professeur Kitano. Je rappelle que la loi Battle Royale n’autorise qu’un seul participant à survivre à la fin du jeu, et que Shuya avait assassiné Kitano car il représentait manifestement une menace pour Noriko (en réalité il avait un flingue en plastique, mais bon, passons).
Nos deux rescapés fondent quelques semaines plus tard un groupe terroriste constitué de survivants de diverses sessions de Battle Royale, dont le message est clair : déclarer la guerre à tous les adultes. Première scène du film et premier acte de barbarie des Wild Seven, car c’est comme ça qu’ils se prénomment : le dynamitage de deux tours dans la ville, très twin-towers style.
En réponse à cela, les gouvernants du Japon ne vont pas chercher dans la finesse. Ils lancent le décret Battle Royale II. Les Wild Seven ayant pour quartier général une île réaménagée, les militaires, dans le respect du nouveau décret, enlèvent une classe de jeunes inadaptés, les équipent des fameux colliers qui explosent quand ils se trouvent à l’extérieur d’une zone interdite, et, nouveauté, quand le binôme du porteur trouve la mort, et les expédient sur l’île des WS avec pour seule mission d’abattre leur chef, Nanahara Shuya.
Les Wild Seven, inconscients de la situation et de la véritable nature de leurs attaquants, se préparent à se défendre avec fureur. De leur côté, la nouvelle classe, poussée sur le champ de bataille, tiraillée par la violence qui les entourent et les visions sanguinolentes, est décidée à mettre fin à son calvaire en tuant Nanahara. La chasse à l’homme commence, le carnage c’est déjà fait, et les cadavres s’amoncellent... C’est reparti pour un tour.
L’attentat
Que faut-il penser de cet acte délibérément cruel du héros pacifique que l’on connaît ? à défaut de le justifier, car on ne peut justifier le meurtre de personnes, comment l’expliquer ?
D’une part, restituons les événements dans leur contexte. Nous sommes dans une société au bord du gouffre économique, social. Les jeunes n’ont plus aucune valeur. Pour les mater, les dirigeants adultes ont instauré une loi qui pousse des classes entières à s’entretuer jusqu’au dernier.
Shuya et Noriko veulent que cela change. Ils ont un message à faire passer, une vision du monde vers laquelle ils veulent tendre.
Ils choisissent l’option de la violence. Ils déclarent la guerre aux adultes, fondent une faction terroriste et se résolvent à tuer des êtres humains. Comment expliquer ce comportement venant d’eux, si pacifistes dans BR1 ?
Poursuivis par la police, fugitifs dans une société où le chaos gronde, ils sont acculés. La situation est critique. On envoie des enfants s’entretuer dans des endroits. Ils se doivent de réagir vite, et la violence se présente comme la plus accessible des solutions.
Communiquer ? On ne leur a jamais appris à communiquer. Toute la vie on leur a dit de se battre. Bats-toi, sois le meilleur pour être pris à l’université à la place de tes camarades ; quelqu’un t’embête à l’école ? viens pas me faire chier, DEFENDS-TOI. Et la forme ultime de la perversion qu’apportent les adultes à leurs enfants : Battle Royale. Shuya a été presque obligé dans BR1 de tuer Kitano, lui qui était si pacifiste, car il représentait une menace réelle pour l’être aimé. La violence est la pire des solutions, il faut l’éviter à tout prix. Mais peut-on en demander autant à une jeunesse à qui on a appris à survivre plutôt qu’à vivre ? A ce titre, je cite le réalisateur qui évoque les enfants qui passent leur temps à slalomer entre les bombes, dans des pays "en guerre", quoique le mot juste serait plutôt "agressés".
JE PRECISE QUE, à aucun moment, le film donne entièrement raison au chef des Wild Seven au sujt de l’attentat qui coûta la vie à la famille de Takeuchi Riki (le nouveau professeur). Nanahara Shuya lui-même se remet sans cesse en question, chaque jour durant du reste de sa vie. C’est un élément très important à préciser, car il serait facile pour certaines personnes de faire l’amalgame "terrorisme=ben laden=alqaida=11 sept 2001 the twin towers"="br2 pro ben laden" ===> TOTALEMENT FAUX !!! et c’est pourtant le raisonnement qu’ont tenu plein de gens après avoir vu ce film !
Cet attentat commis par des enfants constitue une soupape d’alerte. Nous en sommes au point où l’héritage que les adultes laissent à leur progéniture est tel qu’ils en viennent à commettre un acte de terrorisme où des dizaines de personnes ont trouvé la mort.
Nous sommes parvenus ici à un point de non-retour. Toute tentative de communication a été abandonnée depuis longtemps entre les enfants et les adultes. A mon avis, c’est la pire situation que j’espère nous n’atteindrons jamais dans la réalité. Car à mon sens, la communication est une des choses les plus primordiales au monde, c’est elle qui nous fait évoluer depuis la barbarie et la sauvagerie jusqu’à une société civilisé. un monde où les hommes ne communiqueraient plus serait plongé dans un chaos sans fin ; c’est justement un peu le cas du monde dépeint par Battle Royale.
Une vision non manichéenne du couple USA/Terrorisme
Ce que nous apprend Battle Royale II et ce sur quoi il m’a ouvert les yeux, c’est la vision manichéenne que l’on porte sur le terrorisme en général. Au fond, ça ne devait pas me choquer quand on désignait clairement les terroristes comme des salauds assoifés de sang et l’US Army comme les champions de la liberté dans le monde, car quand j’ai compris avec BR2 qu’on ne pouvait simplifier les choses de cette manière ça a été un déclic pour moi.
Les USA en fait ne sont pas plus du côté du "bien" que les terroristes, et sont au moins autant condamnables que ceux qu’ils désignent comme le "Mal". Cependant, attention à ne pas croire que cela excuse le terrorisme ; non, cela rééquilibre juste la balance du bien et du mal sur la scène politique internationale, et nous donne une vision plus juste de la réalité, souvent déformé par les médias.
De plus le film se veut largement contestataire envers les Etats-Unis. Leur politique internationale est ici clairement dénoncée dès le début avec une scène intriguante où le nouveau professeur en charge de la nouvelle classe écrit à la craie sur un tableau le nom de 47 pays dans le monde ; il s’agit en fait de la liste des Etats bombardés par les Etats-Unis durant les cinquante dernières années. Par la suite, leur rôle auto-proclamé de gendarme du monde passera également à la moulinette, mais je vous laisse découvrir de quelle façon.
L’armée
Battle Royale II est également une critique évidente de l’armée dans son concept même. A choisir entre les combattants enfants et les militaires, le réalisateur prend le parti de la jeunesse. Par exemple, le visage et le regard de la grande majorité des soldats dans le film reste dans l’ombre, comme s’ils n’avaient pas d’âme, pas de personnalité : l’armée déshumanise les hommes. Elle les réduit soit à de vulgaires machines à tuer, soit à de la chair à commun. Pourtant ce sont toujours des hommes, comme semble nous dire la scène où Taku tue un soldat isolé : ils ont une épouse, une famille, comme tout le monde. Mais l’armée leur enlève leur humanité.
D’autre part, ce que regarde Fukasaku, ce sont les raisons qui poussent l’armée et les Wild Seven à se battre. Pour les uns, le but est de changer le monde ; pour les autres, c’est d’obéir à leur supérieur. Cet aspect-là est très critiqué dans le film. Les militaires ne tuent pas par choix, ils tuent parce qu’on leur donne l’ordre de le faire ; ils sont les marionettes, les pièces d’échiquier de la partie que se livrent les dirigeants de ce monde entre eux, dans leur petite minorité d’autistes (sur ce dernier point, je vous recommande le film The Crazies, en français La Nuit des Fous Vivants, de George Romero, qui l’illustre très bien, avec en gros 3 gars assis dans un bureau qui décident quasiment à eux seuls en fumant et en bouffant du sort de plusieurs milliers de personnes).
Qu’est-ce que l’armée au final ? C’est l’outil des puissances, ce qui permet aux gouvernements d’asseoir leur pouvoir, de jouer avec la vie de milliers de personnes, au mépris total de l’être humain autant du point de vue des soldats que des agressés.
Les soldats ne sont que des pions humains sur l’échiquier d’une minorité d’hommes politiques jouant à déplacer et à détruire (oui c’est bien le mot) des tas de vies humaines.
L’âge adulte
Quand on est adulte, quand "on se dit" adulte, on perd ses rêves, son audace, on se range et on se soumet dans le marasme ambiant de la vie de tous les jours ; on devient comme ces soldats sans âme exécutant leurs basses basognes sans état d’âme, sans émotion, et sans perspective d’avenir... sans motivation, sans goût, pourrais-je rajouter. A côté de cela, les enfants, opprimés de la pire des façons (contexte déjà existants pour les enfants des pays en guerre avec les US et leurs bombes + contexte du Battle Royale, cette terrible loi envoyant des enfants s’entretuer et périr dans l’horreur la plus complète), ont le courage d’espérer encore un monde meilleur (leur véritable force que veut souligner le réalisateur, je pense), de prendre les armes et de se battre pour atteindre leurs idéaux ; contrairement à ce que certains pensent, le film n’est pas un appel à la violence, les enfants sont ici REDUITS à utiliser la violence pour espérer acquérir le minimum syndical auquel ils devraient avoir droit : une enfance paisible. Et c’est bien cela que le réalisateur s’efforce de dénoncer, cet errement faisant écho à la situation dans la réalité...
N’oublions pas le contexte du film, c’est très pessimiste, la société est devenue telle que le recours à la violence si on veut survivre est INDISPENSABLE. Le film n’excuse pas le comportement des jeunes, il condamne celui des adultes, véritables responsables de ce qui arrive en ce moment. La jeunesse représente la fougue, le rêve, la joie de vivre et la grandeur de perspectives d’avenir pas encore rétrécies par la "maturité" de l’arrivée à l’êge adulte.
En conclusion, la jeunesse, c’est beau, c’est ce qui forme les adultes de demain, c’est l’avenir, c’est la vie, c’est l’amour et elle ne devrait pas être condamnée à faire la guerre, assassiner ou ramper sous les bombes d’une certaine hyperpuissance. J’espère avoir été assez clair...
En conclusion, Battle Royale 2 est, comme son aîné, un super grand film. Les scènes d’action portées en état de grâce par la musique d’Amano vous donneront des frissons, le discours politique également. Les fans du premier, quant à eux, vibreront comme pas permis à la découverte du destin de leur héros, bref, BR2 c’est un pur concentré de cinéma, qui mérite vraiment que l’on s’y attarde.
Ha ha ha, et maintenant, parce que vous êtes sympas et que j’ai la flemme de synthétiser, voilà la deuxième critique que j’ai faite sur BR 2
BR 2 (on l’appellera comme ça par commodité) est la suite plus ou moins directe du premier volet. Pour faire simple, une nouvelle classe de jeunes désaxés est envoyée sur une île pour éliminer jusqu’au dernier les membres d’un groupe terroriste, nommé "Wild Seven", qui fait vivre au Japon des semaines de chaos suite à un attentat massif. Juste comme précédemment, l’armée et le gouvernement contraignent les jeunes à se battre pour leur survie, un collier électromagnétique autour du cou menaçant chacun d’entre eux à tout moment d’exploser. Les troupes d’enfants débarquent sur la plage, les Wild Seven ripostent : un carnage ahurissant commence, sous le regard désabusé des militaires et du professeur en charge de la classe cette année, Takeuchi Riki.
Cette suite s’est fait littéralement descendre dans tous les sens : critiques, bon nombre de spectateurs... Il est vrai que les défauts répondent à l’appel : certaines scènes sont un peu con-con et font déjà-vu, le discours du réalisateur n’est pas des plus pacifistes et l’interprétation des jeunes, ainsi que la nouvelle classe dans son ensemble laisse sérieusement à désirer. Mais ne voir que ces aspects serait une immense erreur tellement d’autres fabuleuses choses parent la robe de Battle Royale 2.
Je vous présente mon interprétation du film. Pour moi, BR 2 est avant tout une formidable dénonciation de l’absurdité, dans son concept même. Absurdité du comportement humain par le biais de cette fille qui a toujours été odieuse avec son père et qui va pourtant risquer sa vie dans une boucherie sans nom pour comprendre ses derniers mots, son dernier tableau, et surtout pour tenter de trouver un remède (qui n’existera pas hélas) à l’implacable culpabilité qui la ronge. Absurdité de notre monde : BR 2 présente des jeunes comme vous et moi en train de faire la guerre, en train de devoir tuer pour survivre. "Des enfants ne devraient pas avoir à faire cela à leur âge ; tellement de belles expériences, tellement de belles choses les attendent" semble nous dire Kinji Fukasaku. Et poutant, cela ne concerne pas seulement la fiction, cela ne concerne pas seulement Battle Royale. C’est ce qu’imposent les Etats-Unis à des enfants de multiples pays en guerre depuis 50 ans. C’est ce contre quoi le réalisateur a choisi de s’insurger avant de mourir, BR 2 étant son dernier film, et Fukasaku n’étant pas arrivé au terme de son tournage (c’est son fils Kenta qui a terminé).
Et puis comment parler de ce film sans évoquer sa formidable bande originale, ses incroyables scènes d’actions et le plaisir qu’on a à retrouver les personnages auxquels on s’était tellement attaché dans le premier opus ? La fin quant à elle est incroyable, et pour peu que vous soyez attachés aux personnages, vous allez vivre un climax d’une intensité peu commune. Pour tout cela, Battle Royale 2 renoue avec l’excellence du premier opus.
Comme lui, c’est à un film définitif que vous serez confronté, poignant.
mouarf, suis-je fourbe ?


